Les pénuries d’emplois, une situation qui peut sembler paradoxale en période de crise.

Cette crise ressemble décidément à nulle autre : le couvercle du confinement à peine levé, les économies repartent, et il n’est déjà plus question que de pénuries. Celle des matières premières, comme le manque de puces électroniques qui stoppent la production de voitures partout dans le monde ou celles des matériaux qui font flamber le prix des constructions de bâtiments, et bien d’autres encore. Mais une autre pénurie est déjà sur toutes les lèvres : le manque de main d’œuvre.

La restauration cherche désespérément 100 000 serveurs, commis ou chefs de rang. Des tensions sont également identifiées dans l’artisanat, chez les couvreurs, les charpentiers, les tuyauteurs. Le bâtiment souffre d’un manque de bras également. Sans même parler des aides à domicile qui se font rares.

Paradoxalement, ces pénuries interviennent alors que la situation du chômage s’est dégradée. La France a enregistré une hausse de 8 % du nombre de demandeurs d’emploi l’an dernier, soit 270000 chômeurs de plus.

La France n’est pas le seul pays à rencontrer ces difficultés, si ?

Les pénuries sont effectivement partout où l’on assiste à un redémarrage économique. En avril la compagnie aérienne Delta Airlines a supprimé une centaine de vols en un weekend end faute de personnel navigant. A Londres de nombreux restaurants ferment deux jours par semaine par manque de main d’œuvre. Une situation aggravée, il est vrai, par le Brexit et les contraintes sanitaires qui ne facilitent pas l’entrée de travailleurs étrangers au Royaume-Uni. 

Comment expliquer ces pénuries ?

Nos économies détestent le yo-yo. Lors d’un coup de frein brutal, comme lors des confinements, l’activité s’effondre avec à la clé un risque de faillites et de destructions d’emplois considérables. A l’inverse en cas de redémarrage puissant et rapide, c’est le cas lors d’un déconfinement, le décalage entre la demande et l’offre provoque des pénuries temporaires. C’est vrai pour les matières premières, mais aussi pour la main d’œuvre.

Mais il y a d’autres explications à ces pénuries : aux Etats-Unis, les chèques versés par l’administration Biden à la fin de l’hiver incitent un certain nombre de chômeurs à repousser leur recherche d’emploi.

Dans la restauration, pas mal de salariés privés d’activité pendant des mois ont décidé de se réorienter.

Est-ce que les pénuries vont peu à peu disparaître ?

C’est toute la question. Les économistes estiment que les tensions liées à un redémarrage rapide de l’activité post confinement vont se résorber. Mais ce n’est qu’une partie du problème. Il existe deux types de pénuries, celle liée au délai de réajustement inhérent à un rebond brutal de l’économie, et une autre plus structurelle mesurée au travers des postes non pourvus. En France, ils étaient évalués à environ 200 000 avant la crise. 

Ces pénuries sont la conséquence de dysfonctionnements du marché de l’emploi. Pour les corriger, il faut revoir la formation initiale en dirigeant nos jeunes vers les filières en tension, et en améliorant les reconversions pour ceux qui sont dans la vie active. Il faut aussi renforcer les dispositifs incitant à reprendre un emploi. C’est en tout cas un travail de longue haleine, qui nécessite des moyens financiers considérables et une détermination sans faille.

Dans un pays qui cumule chômage de masse et pénuries de main d’œuvre, une sorte d’oxymore économique, il est impératif de ne pas baisser les bras et d’oser tout tenter pour gagner cette bataille de l’emploi. 

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