J’invite les parents a éloigner du poste les plus jeunes de nos auditeurs car, dans quelques instants, nous allons arpenter les territoires du désir et du plaisir charnel, des émotions aussi universelles que particulières, en compagnie entre autres de Léonora Miano . La romancière camerounaise, prix Femina 2013 pour La saison de l'ombre, a en effet constaté que “à quelques exceptions près les écrivains subsahariens, caribéens et afropéens francophones semblent mettre un point d’honneur à éviter les questions relatives à l’intimité. S’interdire de se montrer dans une posture de désir et de jouissance serait, selon elle, une conséquence de la « racialisation » : ce processus à travers lequel l'individu perd le statut de sujet pour devenir un objet racial(isé), a consisté, pour ceux que l'Histoire a définis comme Noirs, à les considérer avant tout comme des corps ». Pour y remédier et permettre à ces auteurs, dont elle fait partie, de reprendre pleinement possession de leur corps, Léonora Miano a proposé dix hommes, dix écrivains des mondes noirs de parler du désir. Et pour qu’il soit question de couple et de sensualité elle leur a suggéré un contexte, celui de la première nuit. Du franco-sénégalais Insa Sane au guadeloupéen Franck Salin tous sont, comme elle, nés dans les années 70 : « Ce ne sont plus des adolescents et il n’y avait pas à craindre qu’ils ignorent de quoi il pouvait être question », précise t-elle. Résultat : Première nuit. Une anthologie du désir , un recueil de onze nouvelles oniriques, frémissantes ou mélancoliques publiées chez Mémoire d’encrier, une maison d’édition montréalaise. Onze nouvelles car Léonora a été mise au défi par l'un des auteurs de se prêter au jeu « de cette affirmation politique et sprituelle dont la force supplante celle d’une armée de points levés. »

La musique qui accompagne cette chronique est extraite de l'album Clychau Dibon.

Catrin Finch (harpe) et Seckou keita (kora) seront en concert le 11 juin au Sunset (Paris) et 06 août au festival Interceltique de Lorient.

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