Je sais que vous êtes nombreux et nombreuses à ne pas supporter l’idée même d’un serpent, longue créature visqueuse, froide, et sournoise prête à surgir sous chacun de vos pas dans les herbes hautes...

Couleuvre qu'on n'avale pas, et surtout qu'on protège !
Couleuvre qu'on n'avale pas, et surtout qu'on protège ! © AFP / Anne Sorbes

Mais c’est encore un délit de sale gueule, alors laissez-moi 2 minutes pour essayer de vous faire changer un tout petit peu de regard, d’autant qu’on n’a de toute façon plus le droit de toucher à une seule de leurs écailles en France, donc va bien falloir vous y faire… 

La loi vient de changer et la totalité des espèces de serpents, 14 en métropole (10 de couleuvres et 4 de vipères), la totalité est désormais protégée… Interdit de les tuer, mais aussi de les capturer, les déranger ou les maltraiter, sinon c'est 2 ans de prison et 150 000 euros d'amende. 

Mais ils n’étaient pas déjà protégés ?

Pas tous ! La version précédente du texte permettait la destruction des vipères aspic et vipères péliade pour raisons de sécurité, car leur venin est potentiellement mortel. Sauf qu’il y a moins d’1 décès tous les 10 ans (le dernier remonte à 2003 et c’était un herpétologue, un spécialiste des serpents), et que ce sont plutôt ces pauvres vipères qui sont mal en point. 

40% de déclin sur notre territoire, moins à cause de vos coups de pelle que de la destruction de leur milieu naturel en raison des constructions ou de l’agriculture intensive. La loi oblige d’ailleurs à prendre désormais en compte leurs habitats dans les projets d’aménagement… Car sachez-le : un serpent se déplace très peu, c’est un gros casanier, avec un rayon d’un km maximum pour une vipère par exemple. 

Où en sont-ils de leur hibernation d’ailleurs ?

Ils se réveillent, c’est aussi pour ça que je vous en parle ce matin. L’activité reprend sérieusement en mars et avril. Activité de régulation ! Rien de tel qu’une couleuvre pour s’occuper des grenouilles, ou d’une vipère pour les rongeurs, quand elles sont elles-mêmes guettées par les rapaces, les renards ou les fouines… Une chaîne équilibrée dont on ne doit retirer aucun maillon pour ne pas qu’elle s’écroule. 

Ce n’est pas après vous qu’ils en ont ces serpents : aucun ne va vous sauter dessus pour vous mordre, répète la Société herpétologique de France, qui va lancer une grande campagne de sensibilisation… Ils ont plutôt tendance à vous fuir, sinon vous en croiseriez beaucoup plus. Alors les spécialistes ne vous demandent pas non plus d'en être amoureux, mais au moins de les respecter, apprendre à cohabiter, en oubliant la peur irrationnelle pour ne voir que ce qu'ils sont vraiment : des êtres extraordinaires écologiquement et biologiquement ! 

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