"Jusqu’au creux de la Terre" disait le générique du dessin animé, et nous, c’est jusqu’aux creux des calanques qu’on va, à Morgiou juste à côté de Marseille, où la grotte Cosquer est littéralement en train de se noyer. Vous connaissez la grotte Cosquer ?

La Grotte Cosquer près de Cassis en France
La Grotte Cosquer près de Cassis en France © Getty / Fanny BROADCAST/Gamma-Rapho

C’est la seule grotte sous-marine ornée du monde, qui porte le nom de son inventeur – celui qui l’a découverte – Henri Cosquer, plongeur tombé dessus en 1985, avant l’officialisation en 1991. Il y a sur les parois des mains noires et rouges, des chevaux, bisons, bouquetons, et même - c’est unique en art pariétal -, de grands pingouins et des phoques, entre autres… Plus de 500 peintures et gravures inventoriées à cette heure-ci.

Mais une grotte ornée sous l’eau ? Comment c’est possible ?

Parce que lorsqu’elle était occupée au Paléolithique, vers -27 000 puis -18 500 ans, elle était à l’air libre : la mer était 130 m plus bas ! Mais après la fin de la période glaciaire, l’eau a commencé à monter, et engloutir petit à petit les salles, l’entrée de la grotte est désormais à 37m de profondeur… Il ne reste que les 2 plus hautes galeries aujourd’hui, un tiers de la cavité originelle… 

Et à l’intérieur (d’ailleurs ce n’est pas donné à tous les archéologues d’aller explorer la grotte Cosquer, il faut savoir plonger), une fois à l’intérieur, donc, il y a entre 3 et 6m de parois jusqu’au plafond, les mains dont je vous parlais se reflètent dans l’eau. Qui continue son ascension, et de plus en plus vite : les chercheurs ont relevé 10 cm de plus depuis 2011, quasiment 1 cm par an, c’est beaucoup !

Est-ce que c’est à cause du changement climatique ?

Oui, la montée des eaux, vous le savez, est l’un des effets les plus significatifs, mais il y a aussi un phénomène particulier dans la grotte, une variabilité de la pression de l’air qui fait bouger l’eau beaucoup plus qu’à l’extérieur, un peu comme des mini-marées. Microplastiques et eaux usées arrivent également jusque-là, mais pour le coup sans conséquences sur les ornements. 

C’est l’eau et elle seule qui lessive les parois et ronge la couche de calcite qui protège les sols encore visibles. Les spécialistes sont formels : tout disparaîtra à terme. Alors ils s’activent pour la sauver au moins dans les mémoires : un relevé numérique en 3 dimensions est en cours de réalisation, pendant que des artistes et plasticiens préparent la réplique de la grotte Cosquer, qui devrait accueillir ses premiers visiteurs en juin 2022 à la villa Méditerranée de Marseille… Une visite comme une immersion, mais sans se mouiller. 

Et je signale que le préhistorien Gilles Tosello viendra en parler demain vendredi dans la Terre au Carré

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