Ce matin dans la chronique environnement : une créature injustement ignorée et malmenée

Le concombre des mers
Le concombre des mers © Getty

Créature qui vit sous l’eau, Ali, des faibles profondeurs du littoral jusqu’à 4000 mètres, où elle représenterait la moitié des êtres vivants… Créature souvent comparée à une saucisse ou un gros boudin, mais de pleins de couleurs différentes il en existe 1200 espèces : dites bonjour au concombre de mer ! Animal peu charismatique de l’aveu même des scientifiques qui l’étudient, et qui n’intéresse donc que très légèrement… On le croit posé au fond, flemmard et croupissant, alors qu’il mériterait lui aussi son heure de gloire ! Je lui offre donc 2 minutes ce matin, d’autant qu’il est en situation critique…

Ah bon mais pourquoi ?

Et bien à part les quelques chercheurs dont je vous parlais, les seuls autres qu’il intéresse, le concombre de mer, ce sont les pêcheurs et les braconniers. Car sous ses airs gluants et un peu rabougri, il est ultra prisé en gastronomie, merci la dynastie chinoise des Ming qui a commencé à le servir dans ses banquets au 14ème siècle… La bêche des mers, ou trépang, vocabulaire pour le qualifier quand on est à table, est séché et coupé en lamelles, enfin juste sa peau soit 10% de son corps, ce qui veut dire qu’il faut en prélever beeeeaucoup pour satisfaire la demande. L’ONU a compté 100.000 tonnes par an, pêchées par 70 territoires, c’est énorme. Avec des prix pouvant parfois atteindre 1500 euros le kilo. Et des vertus pseudo-aphrodisiaques en bonus. 16 espèces de concombre de mer sont désormais sur la tristement célèbre liste rouge des espèces en danger dans le monde. 

Et quel est son rôle dans l’ecosystème ?

Oui leurs qualités sont autres qu’en cuisine ! Ces andouilles sous-marines – je parle de leur aspect – ont comme tout le vivant un rôle essentiel. L’holothurie (encore un autre nom du concombre de mer), tel un ver de terre, permet au sol de s’aérer, s’oxygéner en se déplaçant – 2cm par heure – car elle soulève les sédiments, c’est bon pour nourrir les autres espèces. Elle aspire aussi les sédiments, et leurs micro-organismes, qu’elle filtre en digérant et rejette ensuite + propres, sachez-le ! Une équipe de scientifiques vient d’estimer le poids de ces excréments nettoyeurs sur une surface de 20.000m2 au large de l’Australie, tenez-vous bien : le poids de 5 Tour Eiffel, de quoi renouveler les fonds sur place ! Ça évite aux mauvaises algues de se développer, pendant que le carbonate de calcium qu’elles larguent aide par exemple le corail à croitre. Enfin pour finir de vous convaincre, le concombre de mer est aussi un hôte accueillant puisqu’il permet à certains poissons de se loger…. dans son postérieur (je ne vous fais pas un dessin). La solidarité n’a pas limites dans les profondeurs !

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