Envahissante, malodorante, se répandant une vitesse folle et toxique pour l'environnement et la biodiversité... Ce matin dans la chronique environnement, retour sur l’algue de l’année 2021 qui a débarqué via des huîtres du Pacifique sur les côtes allemandes.

La Vaucheria Velutina a débarqué en Europe en juin 2020. Ici image d'algues en Ecosse
La Vaucheria Velutina a débarqué en Europe en juin 2020. Ici image d'algues en Ecosse © Getty / Martin Zwick/REDA&CO/Universal Images Group

Qui a dit que les scientifiques n’étaient pas toujours de bons communicants ? La société allemande de botanique a décidé d’attribuer ce curieux titre d’”algue de l’année” donc, pour attirer l’attention et alerter sur la terrible Vaucheria Velutina, que je comparerais volontiers à des Gremlins, vu sa capacité à se multiplier… Respirez fort Nicolas, nous sommes au bord de la mer des Wadden tout au nord de l’Allemagne, il y a la très chic île de Sylt en face de nous où aime séjourner la jet-set allemande… Respirez fort… et sentez non pas le bon air marin mais… 

Cette puanteur, l’odeur de l’hydrogène sulfuré comme de l’oeuf pourri. Cadeau de cette algue ayant envahi les lieux, classés au patrimoine mondial de l’Unesco !

Depuis quand et comment est-elle arrivée là ?

Juin 202O, un biologiste marin repère les filaments verts qui recouvrent la zone d’estran, celle qui fait la transition entre la terre et la mer. Les analyses du laboratoire de phycologie (l’étude des algues) sont formelles : c’est une intruse, une algue unicellulaire qui fait partie des premières formes de vie sur Terre, puisque des empreintes de Vaucheria ont été retrouvées sur des pierres vieilles d’1 milliard d’années ! 

Et elle aurait débarqué grâce à des huitres importées du Pacifique cultivées sur les côtes nord allemandes. 

Le magazine Sciences et Avenir raconte, dans un article ultra fourni, leur capacité à se reproduire de manière fulgurante, et comment elles se disséminent avec le courant des marées. Invasion sur 180 hectares répartis en trois zones. Le biologiste à l’origine de la découverte assure qu’en 50 ans de carrière, il n’a, je cite, “jamais vu d’algue se répandre aussi rapidement”

Avec malheureusement des conséquences sur l’écosystème local, très riche : on trouve en mer des Wadden des phoques, des poissons bien sûr, des palourdes, coques, couteaux, crabes, et de nombreux oiseaux migrateurs très friands des lieux.

Quelles conséquences alors Camille ?

La Vaucheria Velutina “velue” en latin, c’est comme ça qu’on qualifie aussi le frelon asiatique, emprisonne les sédiments qui s’accumulent et viennent recouvrir la vasière… perturbant les vers vous savez dont on voit toujours les tortillons dans le sable à la plage, vers indispensables à toute la chaîne, faune et flore. Tout le milieu pourrait donc souffrir de cette invasion, comme c’est le cas dans les Caraïbes avec les sargasses, ou en Méditerranée, la caulerpe taxifolia arrivée dans les années 80 et qui a heureusement régressé depuis quelques années. 

Ah oui, ces algues invasives ne disparaissent que d’elles-mêmes, à moins que quelques oies migratrices ou escargots brouteurs ne s’y attaquent mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les scientifiques allemands attendent les beaux jours pour voir si la prolifération reprend, en espérant que cette algue de l’année ne garde pas son titre trop longtemps…

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