La chronique environnement et notre rapport aux singes aujourd’hui à travers un message lancé en substance par des scientifiques de l’UICN, l’union internationale de conservation de la nature, qui en ont franchement ras-le-bol de voir les primates affichés comme de mignonnes machines à likes sur les réseaux sociaux.

Jane Goodall
Jane Goodall © AFP

Qui n’a jamais souri devant une photo détournée - mi ridicule mi rigolote - de l’un d’entre eux… qui n’a jamais vu les célèbres clichés de la primatologue Jane Goodall, ou Sigourney Weaver alias Dian Fossey dans le film « Gorilles dans la brume », en train de leur faire de gros câlinous ou de jouer avec eux ? Mais stop : les singes ne sont pas nos potes ! Message lancé en substance (j’ai résumé) par des scientifiques de l’UICN, l’union internationale de conservation de la nature, qui en ont franchement ras-le-bol de voir les primates affichés comme de mignonnes machines à likes sur les réseaux sociaux, ou comme outils de compassion quand il s’agit de sensibiliser à leur cause, car l’effet produit est exactement inverse.

C’est-à-dire ?

Et bien on ne va en fait pas se préoccuper de leur sort. Ils sont là, partout, sur internet à la télé sur des affiches, grimaçant joyeusement (de notre point de vue d’amateur en tout cas)… Pourquoi donc penser qu’ils seraient en danger et de plus en plus rares dans leur milieu naturel ? C’est pourtant ça, la réalité : 60% des 504 espèces de primates sont en danger d’extinction, ça inclut les gorilles, les chimpanzés et les orangs outans… Mais toutes ces images viennent déformer, donc, la perception du public .

En plus d’envoyer des messages contre-productifs : croire par exemple qu’on peut nous aussi se faire un petit selfie sans crainte, alors qu’on rappelle qu’il s’agit d’animaux sauvages, et les prendre justement pour des animaux de compagnie, en encourageant ainsi le braconnage et le trafic illégal, qui ne sont pas pour rien dans leur déclin. Des singes « victimes de leur image historique d’amuseurs publics » pour la spécialiste Sabrina Krief, désespérée comme d’autres dès qu’elle voit tourner sur internet un footballeur, chanteur, acteur, ou même un collègue scientifique main dans la main ou presque avec un primate. 

Oui d’ailleurs quid des photos de Jane Goodall dont vous nous parliez ?

Elle a reconnu elle aussi que ça ne collait plus à l’époque, et sa fondation tente de stopper leur diffusion ou, quand ce n’est pas possible, d’y associer un message de sensibilisation. Pendant que l’UICN, qui reconnait que « c’était peut-être cool il y a quelques années, mais plus du tout aujourd’hui », publie des recommandations pour tous les spécialistes qui sont sur le terrain. 

Garder une distance de 7 mètres au moins entre la personne et le singe dans toutes les images publiées, ne pas en faire s’ils sont dans les bras d’un soignant, ou s’il y a une interaction directe. Tout cela peut anéantir les efforts de conservation affirme l’organisation, qui appelle à montrer l’exemple donc en diffusant des photos ou vidéos de primates libres, dans leur milieu naturel. Pour privilégier leur avenir, plutôt que les mentions « j’aime » sur Insta. 

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