C'est le mal aimé de nos environnements urbains. Camille Crosnier demande à celui ou celle qui n’a jamais ressenti aucun dégoût pour ce muridé de se manifester ! A part devant "Ratatouille", jamais elle n’a vu une seule personne s’exclamer "Oh le rat trop mignon" !

Le rat de ville qui nous fait si peur
Le rat de ville qui nous fait si peur © AFP / Pierre Aden / EyeEm

Quand on en parle, c’est pour s’offusquer de la prolifération de ces ambassadeurs de la saleté dans notre imaginaire collectif, boosté par une forme d’"excitation médiatique" pour la chercheuse Hécate Vergopoulos, auteure du livre "Les rats de Paris. Une brève histoire de l’infamie" à paraitre en octobre prochain. 

Elle y raconte le sensationnalisme dès les années 1830 dans la presse avec des histoires de rats qui dévoreraient les bébés endormis ou menaceraient de déferler sur la ville, et comment le sujet est devenu, aujourd’hui encore, un enjeu des politiques municipales avec des campagnes d’extermination. Les rats sont passés, écrit-elle, de "subalternités insignifiantes, au début du 19ème, à subalternités immondes au début du 20ème".

Et comme s’est opérée cette mue ?

Avec la transformation de la ville, l’arrivée des égouts : 770km de gite et de couverts pour les rongeurs en 1870 qui restent donc au sous-sol. Pendant qu’à la surface, on s’habitue à ne plus les voir, si bien que leurs incursions dans ce qu’on considère désormais comme notre espace, deviennent insupportables.

Mais n’y a-t-il pas avant tout la peur des maladies, à commencer par la peste ?

Oui sauf que la grande peste de 1347 (puis celle de 1920), ce n’est pas le rat des villes qui l'a transmise, mais le rat des champs, le rat noir, qu’on confond avec celui de nos trottoirs, non coupable. Le risque de transmission de maladies serait en fait très faible. 

Autre idée fausse, leur nombre : on parle souvent de trois, quatre, cinq millions de rats dans la capitale, mais rien n’a jamais permis de le prouver scientifiquement.

Il existe très peu d’études, d’où un grand projet qui vient d’être lancé : nom de code, Armaguedon. deux ans et demi d'études, avec le Muséum national d’histoire naturelle et l’institut Pasteur en particulier, pour mieux connaitre les rythmes, les déplacements, comprendre les risques, et questionner les préjugés : pourquoi ce rejet des rats alors qu’on n’arrête pas de dire, après tout, qu’on veut renouer avec la nature ? 

D’autant qu’ils ont des côtés fascinants, écoutez plutôt : ces athlètes peuvent courir 100m en 10 secondes, nager 72h de suite, ou faire des sauts de 2 mètres. Ils peuvent aussi tout ronger, même le métal grâce à leur quatre incisives auto-aiguisées ! 

Grâce à eux des tonnes de déchets (les nôtres, on le rappelle) sont éliminés chaque année. Et si vous voulez en savoir plus sur Armaguedon et tenter de changer de regard sur ce rat haï en Occident mais vénéré ailleurs, RDV dans la Terre au Carré tout à l’heure !

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