jean-yves le drian évoque des incidents au mali, deux soldats blessés
jean-yves le drian évoque des incidents au mali, deux soldats blessés © reuters

Aujourd’hui Frédéric vous avez choisi de revenir sur la situation au Mali, qui connaît d’importants développements ces derniers jours, et plus précisément sur l’implication française dans ce pays.

Ce n’est pas parce que la France a parfois lourdement failli en Afrique subsaharienne – le dernier désastre en date étant survenu au Rwanda en 1994 – qu’il faut s’interdire de lui tirer son chapeau lorsque celle-ci se comporte bien. Car n’en déplaise aux esprits chagrins d’un tiers-mondisme lassant, l’opération Serval, déclenchée en janvier 2013, fut et demeure non seulement légitime en droit mais auréolée d’un vrai succès sur le terrain. C’est d’autant plus vrai que François Hollande – soutenu par l’intégralité du gouvernement et – une fois n’est pas coutume – du Parlement, ne s’est pas contenté de dépêcher des militaires pour stopper les colonnes islamistes radicales qui occupaient déjà une parti du pays et menaçaient directement la capitale, Bamako.

L’aide massive à l’organisation d’un scrutin présidentiel sincère et transparent – lequel s’est déroulé voilà quatre jours de façon remarquable –, l’appel à un soutien financier international substantiel – il devrait atteindre 4 milliards de $ - et l’implication des Nations unies à chaque étape du processus… ; voilà bien un processus global qui ne ressemble pas une simple promenade de paras, mais à de la reconstruction !

Justement, certains ont critiqué l’intervention française qui rappelait à leurs yeux l’intervention en Irak de 2003 ; peut-on faire une analogie ?

En aucun cas, parce que trois grandes différences prévalent entre d’une part l’implication actuelle au Mali, et d’autre part le « wilsonisme botté » des néoconservateurs américains des années 2000, que nous avions été nombreux à critiquer à l’époque, notamment dans l’affaire irakienne.

En premier lieu, tout le monde aura approuvé la contre offensive française au Mali, du Conseil de sécurité (où l’opération Serval recueillit un vrai plébiscite) au gouvernement malien lui-même, en passant par chacun des Etats voisins ou encore l’Union africaine. Pour des raisons historiques et logistiques, c’était de toute façon la seule puissance à vouloir et à pouvoir le faire aussi vite. On ajoutera que même l’Algérie voisine – fait sans précédent depuis 1962 – aura soutenu Paris, communauté d’intérêts anti Al Qaïda oblige…

En second lieu, il ne s’agissait pas d’abattre un régime mais bien d’en défendre un face à une agression armée, extérieure pour l’essentiel et vécue comme telle par les populations locales. Libre à chacun d’ergoter sur le caractère démocratique de celui-ci ; il ne s’agissait en tout cas pas d’une dictature féroce à la Kadhafi.

Enfin il n’y avait ni enjeux pétroliers ni mensonges aux armes de destruction massive dans le cas malien, mais bien la volonté d’empêcher l’effondrement d’Etats très faibles en proie au péril de l’islamisme radical.

Cela dit, même si la Communauté internationale a soutenu Paris, sur le terrain, la France est restée relativement seule très longtemps…

Absolument, et cela pose au moins deux problèmes. D’abord, quid de nos alliés européens qui n’entretiennent pas de passé colonial en Afrique, à commencer par l’Allemagne ? Si nous ne pouvons pas compter sur eux – sauf très marginalement comme à l’heure actuelle – quelle existence géopolitique pour l’Europe de demain ? Ensuite, la relative solitude française au Mali traduit l’extrême faiblesse de la plupart des Etats de l’Afrique de l’ouest, et nous rappelle qu’une aide publique urgente s’impose si l’on veut éviter à l’avenir de nouveaux effondrements internes.

Un dernier mot en guise d’hommage. Hier un soldat français est mort lors d’un accident au Mali, le 7è tué depuis le déclenchement de l’opération Serval. Ce n’est pas un excès de patriotisme que de dire qu’il n’est pas tombé pour d’obscures motivations impériales ou néocoloniales, mais bien au contraire pour que le peuple malien échappe à la domination des barbares.

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