Il y a en effet 21 ans ans que l’Irak de Saddam Hussein envahissait le Koweït. Pour quelle raison le dictateur baasiste – c'est-à-dire nationaliste panarabe – se jette-t-il ce jour-là sur ce petit émirat voisin, à la fois arabe, musulman et en principe ami ?

Officiellement, il s’agit d’unifier à l’Irak sa 19è province, ce Koweït sous protectorat puis sous influence britannique depuis 1799. L’initiative est donc deux fois légitime : réunifier des terres arabes et défier l’impérialisme occidental.

Voilà pour la galerie. Mais celui qui se présente comme successeur de l’antique roi babylonien Nabuchodonosor, sait aussi faire preuve de pragmatisme. Le Koweït, c’est surtout du pétrole. Certes, l’Irak de Saddam en produit plus encore. Mais il faut se payer de la guerre faite à l’Iran khomeinyste de 1980 à 1988. Le tyran de Bagdad trouve alors très ingrats ses alliés arabes sunnites au regard des sacrifices qu’il a consentis contre l’ennemi commun perse et chiite. Du coup il décide de se servir sur la bête.

Immédiatement après l’invasion, le monde réagit fortement et en quelques mois l’affaire est réglée.

D’abord, en 1991, la guerre froide est finie, faute de combattant soviétique. L’URSS est moribonde et disparaîtra officiellement en décembre de cette année-là. Ensuite la Chine ne connaît pas encore la fulgurante expansion économique d’aujourd’hui. Ces deux géants sont donc tout à fait incapables à l’époque d’empêcher les Américains d’intervenir.

Ensuite, l’auraient-ils tenté à l’ONU que Washington serait passé outre. Grand allié et protecteur de l’Arabie saoudite voisine ainsi que d’autres pétromonarchies du Golfe, l’Amérique devait impérativement défendre sa crédibilité.

Enfin, les Occidentaux et leurs alliés arabes, asiatiques et africains peuvent jouer sur le droit international. C’est en effet la première fois depuis 1945 qu’un Etat souverain envahit et annexe dans la foulée un autre Etat souverain.

Les choses vont très vite : fait rarissime, le Conseil de sécurité de l’ONU met 3 jours seulement pour adopter une résolution contraignante exigeant de l’Irak en exigeant son retrait immédiat sur les frontières internationales. Puis, devant le refus de Saddam Hussein, la gigantesque machine diplomatique et militaire américaine se met en branle, avec une coalition de 34 Etats et plus de 500 000 hommes dépêchés à la frontière irako-saoudienne.

La guerre commence dès le 15 janvier avec l’opération Desert Storm et s’achèvera quelques semaines plus tard sur la capitulation des troupes irakiennes, pourtant présentées par Washington comme la « 4e armée du monde ». Entre temps Saddam aura tenté de briser la coalition en bombardant Israël, pays pourtant non frontalier et hors coalition. Peine perdue : l’Etat juif décide de ne pas riposter, et les alliés arabes ne quittent donc pas la grande coalition voulue avec eux par le président George Bush. Le père, pas le fils. Non parce que l’expédition du fiston, en 2003, sera autrement contestable et tout à fait ratée.

Vingt ans plus tard, un tel scénario pourrait-il selon vous se reproduire ?

Plus ou moins, si l’on considère que l’Histoire regorge de coups de force de ce type, et que plusieurs despotes un peu « soupe au lait » exercent toujours leur férule en 2011.

Et puis franchement, entre l’absence criante de politique étrangère européenne d’une part, l’insondable gabegie de la Ligue arabe d’autre part, on se dit que sur certains plans rien n’a vraiment changé.

En revanche, si le scénario koweïtien se reproduisait à l’identique aujourd’hui, pas sûr que Washington serait à l’aise politiquement – et financièrement – pour triompher aussi vite. Notamment parce que la Chine interviendrait sans doute bien davantage, eu égard à sa nouvelle puissance économique.

Une chose tout de même différerait sans doute : le sombre épilogue de l’opération Desert storm . C'est-à-dire le blanc-seing donné à Saddam par la coalition pour massacrer les révoltés chiites et kurdes, lesquels malheureux avaient cru en elle. Vous ne semblez pas convaincu. On peut toujours rêver.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.