Il y a vingt-deux ans de cela, le 2 août 1990, l’Irak de Saddam Hussein envahissait et annexait le Koweït voisin. Devant la détermination des Etats-Unis, et face à l’absence d’une Union soviétique moribonde et d’une Chine pas encore dragon économique, le despote de Bagdad devait s’incliner. Beaucoup considèrent que cette date – et cette époque – marquèrent la fin de l’hégémonie américaine et le commencement d’un inéluctable déclin, enterrant une fois de plus la puissance américaine. « Une fois de plus », car à deux reprises déjà, l’exercice fut tenté : dans les années 1930, avec la grande dépression, puis dans les années 1970, après le désastre du Vietnam et le recul géopolitique sur tous les fronts, face à des sociétés occidentales pacifistes et à un bloc soviétique triomphant. Or à deux reprises, dans des circonstances il est vrai très différentes, le phoenix renaquit de ses cendres présumées.

Oui mais là, nous dit-on, l’affaire est sérieuse ; les Etats-Unis sont concurrencés par des puissances montantes en Asie et en Amérique latine, et leur économie accuse le coup qui n’est plus en mesure de permettre à durablement un statut d’unique hyper-puissance. Prenons l’économie : que la période soit critique, avec un chômage en hausse, une industrie en berne et un endettement élevé, n’est pas contestable. Mais d’où viendra la reprise mondiale ? Des Etats-Unis ! Ce sont même les Chinois qui le disent, avec leurs achats massifs – déjà plus de 1 000 milliards de Dollars – de bons du Trésor américain. Si les très pragmatiques dirigeants chinois, mais aussi japonais ou saoudiens, n’étaient pas convaincus de cette perspective, ils agiraient différemment. En outre, des secteurs clé comme l’énergie – avec la production phénoménale de gaz de schiste – le high tech civil et militaire, et l’aéronautique se maintiennent, sans compter une capacité à intégrer économiquement plusieurs millions d’immigrés par an, et cela en dépit de l’arrivée sur le marché de l’emploi de nombreux jeunes du fait d’une natalité relativement élevée. Ce ne sont là que quelques des critères choisis arbitrairement ; du moins permettent-il de relativiser le soi-disant déclin américain.

Sur le plan géopolitique, Washington demeure sans concurrent immédiat à l’échelon du Globe ; certes la Chine monte en puissance, la Russie revient, le Brésil et l’Inde revendiquent, mais pour l’heure toutes ces puissances réunies seraient bien incapables de rivaliser dans une projection de forces n’importe où sur la planète. Charge aux futures administrations américaines de tirer les leçons de la calamiteuse aventure irakienne, voire du semi-échec afghan.Même dans la dimension diplomatique et le soft power la puissance US demeure inégalée, avec le tout premier réseau d’ambassades et de services de renseignement au monde, et surtout, surtout, la recherche ! L’Etat fédéral, flanqué de centaines d’universités, d’incubateurs et autres labos dans lesquels travaillent des chercheurs recrutés sous toutes les latitudes, dépense plus de 4% du PIB dans la recherche et le développement. Pour mémoire, en Europe, nous n’atteignons pas… 2% !

En définitive, on s’excusera de gâcher le plaisir des contempteurs réguliers des Etats-Unis, il leur faudra s’armer d’encore beaucoup de patience avoir de voir leur rêve se réaliser ; celui d’une Amérique reléguée voire vaincue, symbolisée – comme au cinéma – par l’engloutissement dans les sables de la statue de la Liberté !...

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