Aujourd’hui, nous vous parlons de l’accord trouvé in extremis sur le plafonnement de la dette américaine.

A Washington, il était moins une. Quelques heures seulement avant la deadline , Barack Obama a finalement signé le rehaussement du plafond de la dette publique, laquelle se monte à 14 300 milliards de $, soit 100% du PIB américain. Pour mémoire, rappelons que ce chiffre est de 85% pour la France, de 130% pour la Grèce, et de 200% pour le Japon. Le Trésor fédéral pourra donc emprunter jusqu’en 2013 à concurrence de 2 500 milliards supplémentaires.

Cela dit, ne sur-jouons pas la tragédie, alors que c’est tout de même la 79e fois que le Congrès américain autorise une telle mesure liée à la dette. D’abord parce que dans l’ensemble, les élus américains sont des gens responsables qui savaient la crédibilité de leur pays en jeu. Ensuite, ni les républicains ni les démocrates emmenés par Obama ne voulaient porter le chapeau d’un échec. Du coup, on a négocié comme cela se fait depuis au moins la haute Antiquité sumérienne ; jusqu’à l’ultime instant pour obtenir le plus possible.

Le monde entier se réjouit de l’accord trouvé in extremis, et pourtant, à entendre les chefs des deux partis au Congrès, on a l’impression que chacun est déçu.

Ce n’est qu’un faux paradoxe. Les Républicains – surtout les ultralibéraux d’entre eux – répugnaient comme toujours à faire intervenir l’Etat dans le jeu de l’économie libre et des marchés. En outre, le fait que le débat sur la dette soit clos jusqu’après le scrutin présidentiel de 2012 n’est pas de bon augure. Les démocrates, pour leur part, reprochent au président d’avoir trop cédé sur le social. Parce que, ces 14, 15, ou 16 000 milliards, d’une manière ou d’une autre, il faudra bien les rembourser. Or sans croissance forte d’une part, sans hausse d’impôts d’autre part (puisque les Républicains s’y sont formellement opposés), comment s’y prendra-t-on ? En faisant déjà 1 000 milliards d’économies, pardi ! Où ? Sur les dépenses publiques. Voilà ce qui agace les démocrates comme leur chef au Sénat, Harry Reid, qui a parlé d’« injustice », et cela d’autant qu’à la fin des fins, 74 sénateurs sur 100 ont adopté le texte – il n’en fallait que 60 –, et 269 représentants contre 161. Des majorités finalement très larges, qui convainquent certains démocrates qu’ils ont peut-être trop lâché.

Quel bilan doit-on tirer de cette bataille épique ?

A très court terme, le succès revient évidemment à l’homme d’Etat Barack Obama : la crédibilité financière américaine – certes écornée – a tout de même été épargnée pour l’essentiel. Du reste les impitoyables censeurs que sont les agences de notation ne s’y trompent pas, elles qui suspendent pour un temps leur redoutable épée de Damoclès : la dégradation de la note.

A court-moyen terme, en revanche, les couleuvres avalées par Obama face aux Républicains risquent de coûter cher au président. Déjà en 2010, le locataire de la Maison-Blanche n’avait pu réformer le système de santé qu’a minima , en contrepartie de larges compromis. Hier encore, il a fallu batailler ferme et concéder des coupes claires dans les dépenses publiques. On sait Obama homme de compromis, et il s’agit en géopolitique d’une grande qualité. Mais du compromis à la compromission, il n’est parfois qu’un pas qu’ont déjà franchi nombre d’observateurs déçus. Et si ce président réformiste n’était finalement que celui des réformettes ?

Question qui commence à sérieusement se poser à 15 mois du scrutin présidentiel. La droite républicaine proche des Tea Party , les militants évangéliques et autres ultralibéraux détestent Obama et ne voteront pas pour lui, c’est acquis. Mais quid des classes moyennes et des couches les plus modestes, qui pourraient lui reprocher de ne pas en avoir socialement assez fait, et décider d’aller à la pêche le jour du vote ? Or l’actuel président le sait fort bien : aux Etats-Unis, c’est sur le plan social et économique qu’on remporte ou qu’on perd les élections bien davantage que sur la politique étrangère.

Cela dit, à partir de 15 000 milliards de dettes publiques, dont une partie détenue par la Chine, n’est-on pas aussi en pleine politique étrangère ? Et à cet égard Bruno, comme on l’enseigne en géopolitique, la puissance confère de la responsabilité.

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