Aujourd’hui, nous avons choisi de vous parler de la répression qui s’intensifie en Syrie, alors que le Conseil de sécurité l’a enfin condamnée.

Pour que Ban Ki Moon sorte de ses gonds, il en fallait beaucoup. Beaucoup de civils syriens en l’occurrence : 1 600 tués, 3 000 disparus, 12 000 emprisonnés, le tout en quatre mois. Le très placide secrétaire général de l’ONU a ainsi affirmé que Bashar el Assad « avait perdu toute humanité ». Et en effet, une simple déclaration, un peu alambiquée et non contraignante – mais enfin c’est déjà ça – a été voté hier soir condamnant la répression du régime. Peu de chances que cela émeuve le tyran, lui qui doit ne même pas craindre le sort d’Honi Moubarak.

Car chez les Assad, on a la stratégie constante depuis que le père, Hafez, prît le pouvoir en 1970. Qu’une manifestation se produise dans un quartier, les chars l’encerclent puis le bombardent. Que la contestation s’étende à la ville entière, les chars l’encerclent puis la bombardent. Et ainsi de quartier en quartier et de ville en ville. Ce bras de fer entre une armée syrienne loyale et hélas très « compétente » d’une part, et des centaines de milliers de Syriens courageux d’autre part, peut durer fort longtemps. Des chars d’assaut, Assad en possède plus de 3 500, sans compter l’aviation et l’artillerie lourde.

Cela dit, ce jeune ophtalmo londonien formé de toute urgence au dur métier de dictateur à la mort de son aîné Bassel, en 1994, sait se montrer pragmatique. Il prend soin de ne pas dépasser un quota quotidien de tués – quelques dizaines, pas davantage –, déploie des nervis ne portant pas l’uniforme officiel, répète ad nauseam qu’il combat un complot terroriste, et annonce chaque mois avec le sourire une hypothétique réforme. Après dix ans d’une implacable férule sans ouverture sérieuse, l’ancien apprenti déploie un vrai talent de maître dans la tempête.

On a l’impression, qu’on fait la guerre en Libye pour moins que cela. Alors pourquoi la communauté internationale n’intervient-elle pas en Syrie ?

Parce que cette « communauté », désunie, ne le peut pas, pour deux raisons ; l’une politique, l’autre militaire. Politiquement, les Occidentaux se heurtent au refus de l’ensemble des émergeants, à commencer par les deux membres permanents du Conseil de sécurité que sont la Chine et la Russie. Ces puissances ont horreur qu’on intervienne dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Sans doute la crainte qu’on s’intéresse de trop près à leurs propres violations des DDH, respectivement en Tchétchénie, au Xin Xiang et au Tibet. On ajoutera que la Syrie est un bon client pour l’industrie militaire russe. Et puis, ils ne feront pas un second cadeau aux Occidentaux après l’affaire libyenne. Donc Moscou et Pékin menacent d’opposer leur veto à toute résolution contraignante à l’encontre de Damas. L’autre obstacle politique tient à l’indécision de la Ligue arabe : celle-ci a certes accepté en pleine vague de contestation populaire, en mars, une attaque contre Kadhafi. Mais punir le fantasque et déstabilisant chef d’un désert peu peuplé est une chose, briser le stable et surarmé Assad en est une autre. Militairement, on n’intervient pas car c’est trop dangereux. Autant l’armée libyenne ne disposaient pas d’armements très sophistiqués, autant Assad possède des milliers de missiles sol air russes, chinois et nord-coréens tout à fait redoutables. Et puis il pourrait jouer le tout pour le tout en mettant le feu à ses frontières avec l’Irak et la modeste Jordanie alliés à l’Occident, avec le Liban déjà dominé par son allié le Hezbollah, avec le Kurdistan turc et bien sûr avec Israël. Enfin aucune région n’est à ce jour libérée par des insurgés, au contraire de ce qui s’est produit à Benghazi.

Voilà pourquoi on ne fera rien. Ou plutôt si, l’UE va priver de visa les principaux chefs syriens, qui se lamenteront sûrement de ne plus pouvoir admirer nos monuments. Assad les a de toute façon déjà visité deux fois. Et justement; il y a presque 10 ans jour pour jour, dans le quotidien Libération , votre humble serviteur signait une tribune intitulée « Assad à Paris : une faute morale, une erreur géopolitique ». Avec le bain de sang de 2011, celui que bien des naïfs présentaient il y a quelques mois encore comme un réformateur ne sera sûrement plus reçu en France. Maigre, bien maigre consolation pour les victimes de son impitoyable répression.

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