La chronique internationale d’Anthony Bellanger

C’est une affaire d’espionnage entre Israël et les Etats-Unis qui a retenu votre attention ce matin Anthony…

Oui, une affaire d’espionnage entre alliés : le magazine allemand Der Spiegel révélait hier que les services secrets israéliens auraient réussi à intercepter des conversations de John Kerry, le secrétaire d’Etat américain.

Et pas n’importe quelles conversations : une partie de celles qu’il avait soit avec l’Autorité palestinienne, soit avec les négociateurs arabes quand, en fin d’année dernière, il essayait de conclure un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Der Spiegel précise, comme toujours dans les journaux sérieux, que ses « sources sont fiables » et surtout que les Israéliens se sont servis de ces conversations pour anticiper leurs réponses.

C’est évidemment assez gênant. Pas pour les Israéliens, qui utilisent l’espionnage depuis toujours et aiment le faire savoir, que pour les Etats-Unis. Encore une fois, pas parce qu’Israël les espionne – ils sont au courant depuis longtemps.

Mais parce que John Kerry aurait eu l’imprudence de converser sur des téléphones normaux et non cryptés, comme il est d’usage lorsqu’on est un Secrétaire d’Etat sérieux et que l’on négocie au nom des Etats-Unis.Mais qui a intérêt à diffuser ces informations ?

La question c’est plutôt, si vous me permettez Bruno, qui a intérêt à ridiculiser John Kerry et à définitivement le disqualifier comme intermédiaire. Et là je répondrai au doigt mouillé : Israël.

Le gouvernement israélien n’a pas, mais alors pas du tout, apprécié le rôle joué par l’envoyé de Barack Obama ces derniers mois. Il a été systématiquement accusé de partialité en faveur des Palestiniens y compris il y a quelques jours encore.

Lorsqu’il a laissé échapper, en marge d’une interview sur CNN, qu’il ne croyait pas une seconde au caractère chirurgical des frappes israéliennes sur Gaza. D’ailleurs la fuite n’a pas non plus été confiée à n’importe quel journal.C’est vrai que les Allemands sont très sensibles à ce sujet ?

Exactement : si les « sources fiables » de Der Spiegel avaient voulu humilier un peu plus les Américains, ils ne s’y seraient pas pris autrement ! En Europe, ce sont les Allemands qui ont le plus mal réagi aux révélations d’Edward Snowden.

Mais, ces règlements de compte entre alliés sont presque anecdotiques. Ce qui est plus grave pour le Proche-Orient, ce n’est pas la qualité des services israéliens mais plutôt la faiblesse, voire l’inexistence des services d’espionnage arabes.En quoi est-ce grave ?

Je reconnais que c’est difficile à comprendre : la première chose que les Egyptiens ou les Syriens ou encore les libyens révoltés ont obtenus c’est le démantèlement dans chacun des pays des « moukhabarats », les terribles services d’espionnage.

Des services qui torturaient des civils, faisaient disparaître des opposants. Des services secrets qui étaient donc détestés. Mais il se trouve qu’un des rôles de ces services consistait à entretenir des liens directs avec l’ennemi israélien.

Autrement dit, les services égyptiens ou syriens avaient les contacts qui permettait de négocier rapidement une trêve ou un accord et donc de peser sur les négociations israélo-palestinienne. Surtout : les Israéliens leur faisait confiance.

Or dans l’actuel conflit à Gaza : les Arabes et singulièrement les Egyptiens sont totalement absents des discussions. Une des raisons – il y en a d’autres – c’est que leurs services secrets sont encore trop désorganisés pour inspirer confiance.

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