Il y a 51 ans tout juste, le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté par la police sud-africaine. Déguisé en chauffeur de voiture, il revient d'une réunion clandestine où il rend compte à son chef des projets d'attentats contre le pouvoir en place.

Arrêté sur une route reliant Durban à Johannesburg, Madiba, de son nom tribal, est en train d’entrer dans l'histoire. Si l'état de Nelson Mandela est aujourd'hui critique, 51 ans plus tôt, déjà, une première mort -- cette fois politique, le menaçait.

Replantons un peu le décor de l'époque :

Nelson Mandela est un jeune avocat et activiste noir qui vit dans un pays dominé par des Blancs qui ont tous les droits: c'est l'apartheid.

Et on sait que le jeune Mandela fait partie de ceux qui n'acceptent pas la ségrégation raciale imposée depuis 1948...

Absolument, il décide de se lancer dans une course clandestine aux côtés de l'ANC : le parti du Congrès national africain.

Leur lutte s'achève à la fin de l'apartheid en 1991, et Mandela a dû payer de 27 années de prison _le prix de la libération du peuple noir sud-africain.

Même si sa captivité l'a rayé pour un temps de l'histoire ; dans les années 1990, Mandela passe du statut d'ancien détenu terroriste à héros national de renommée mondiale. Une promotion plutôt intéressante.

Son élection en tant que premier président d'Afrique du Sud consacre un mythe - et son prix Nobel de la paix - la reconnaissance éternelle pour son combat.

Mais quel est le rôle actuel, même symbolique, joué par Nelson Mandela en Afrique du sud, presque 20 ans après son élection ?

Nelson Mandela reste le héros légitime qui a su faire reconnaître la fameuse nation "arc en ciel” sud-africaine ; celle qui est composée de plusieurs ethnies, de plusieurs couleurs, toutes égales. Le seul problème c'est que l'arc en ciel n'a jamais été très apparent dans le ciel de Prétoria et il faut différencier la symbolique Mandela, des réalisations concrètes de son parti. La libération politique a bien eu lieu mais la libération économique et sociale tarde un peu à venir.

Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est le pays le plus riche d'Afrique, certes, et depuis 2011 elle fait partie des BRICS, ces pays émergents au développement très dynamique. Mais depuis 2 ans, avec un niveau de croissance qui peine à dépasser les 3%, un taux de chômage 3 fois supérieur à celui des Chinois, c'est clair, on parle bien de fléchissement économique.

On sait que les partenaires européens vers lesquels elle exporte sont en crise mais est-ce une explication suffisante ?

Non, cela n'explique pas tout, les structures économiques de l'état sont loin d'être saines. En plus, ce déclin se mêle à l'amertume du climat politique. Nelson Mandela et ses successeurs de l'ANC, ne sont pas parvenus à combler les inégalités sociales de leur pays.

Depuis son élection en 2009, on reproche au président actuel Jacob Zuma son manque de leadership vis à vis des élites économiques, elles auraient pignon sur rue, on parle aussi de corruption et surtout, de son incapacité à améliorer la situation des pauvres. Le bilan du parti majoritaire est donc de plus en plus contesté et l'aura de Nelson Mandela est plus que nécessaire à l'ANC.

Justement comment est utilisée l'image de Mandela alors que son état est critique ?

Comme les luttes intestines déchirent le parti, le président en place a besoin du symbole “Mandela” pour conserver sa légitimité. A l’image de la famille Mandela qui a créé une marque de vin à son nom, son parti politique entend bien optimiser sa fin de vie et ce, en vue des prochaines élections présidentielles de 2014.

L'année dernière, une sculpture monumentale à l'effigie de Madiba avait été installée dans un centre de loisirs ; cette année, les festivités pour ses 95 ans ont été majestueuses, et en ce moment, c'est l'hospitalisation de Mandela qui est scénarisée: un va et vient incessant de militants a lieu devant son hôpital, ils portent des T-shirts de soutien à Madiba, mais aussi, plus étonnant, à Jacob Zuma, en vue de la prochaine élection.

La salle d'attente du chevet de Nelson Mandela est aujourd'hui transformée en salle de campagne politique.

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