Anthony Bellanger

Barcelone a décidé de mettre un peu d’ordre chez les fumeurs de cannabis…

En Espagne, chacun a le droit de cultiver une dizaine de plants de cannabis pour sa consommation personnelle. Des petits malins se sont dits qu’en additionnant ces droits individuels on pouvait créer de véritables clubs cannabiques.

Et depuis, ces « cannabis social clubs » se sont multipliés comme des petits pains. On en compte 700 dans toute l’Espagne dont au moins 400 pour la seule Catalogne. Et 200, rien que pour la capitale Barcelone.

Or chacun de ces clubs rassemble en moyenne 500 fumeurs, certains ont même jusqu’à 5 000 membres. En tout, en Catalogne, les cannabis social clubs comptent 165 000 adhérents. Bref, c’est un véritable phénomène de société.

Voire même un phénomène économique puisque on estime le chiffre d’affaires de ces clubs à près de 5M d’euros mensuels pour la seule ville de Barcelone. Et vous imaginez bien que la nouvelle s’est rependue dans toute l’Europe.

Vous voulez dire qu’il y a désormais un tourisme cannabique ?

C’est exactement ça : il a des agences de voyages spécialisées qui vous reçoivent, vous indiquent les clubs les plus accueillants et vous parrainent pour obtenir une carte de membre en quelques heures.

Il y a aussi des rabatteurs payés au nombre de touristes ramenés vers les clubs et même un système de commission pour les hôtels, les taxis ou les guides touristiques. Sans parler des prospectus dans la rue ou les sites Internet spécialisés.

Barcelone commence d’ailleurs à faire concurrence à Amsterdam. Avec des arguments massues : le prix, le soleil, la fête. On dit même que les grands coffee shops néerlandais ont investi dans certains de ces clubs catalans si rentables.

Il fallait donc y mettre de l’ordre…

Et à la demande des petits clubs cannabiques de quartier, regroupés en association, et qui voient d’un assez mauvais œil leur belle idée coopérative se transformer en véritable industrie, voire un cache-sexe pour les trafiquants.

D’abord, pour se donner le temps de la réflexion, les autorités catalanes ont décrété un moratoire un an. Un an au cours duquel aucune nouvelle licence ne sera distribuée pour ouvrir un nouveau club.

Ensuite, limiter le nombre maximum d’adhérents par club, autour de 500. Mais aussi interdire la vente de cannabis au moins de 21 ans. Et enfin, instaurer un délai d’une quinzaine de jours entre l’adhésion et la première livraison de cannabis.

Un ensemble de mesures très efficace pour contenir le tourisme cannabique. Mais ce n’est pas tout : chaque club devra cultiver ses propres plants et faire contrôler ces plantations au moins une fois l’an. Ca c’est pour éviter le trafic.

Enfin, chaque adhérent ne pourra acheter que 60 à 100g de cannabis par mois… Ce qui semble très largement suffisant pour une consommation personnelle. En Catalogne, donc, on n’interdit pas, on réglemente le petit commerce cannabique.

Et ailleurs en Europe ?

Le 22 juillet dernier, le tribunal administratif de Cologne, en Allemagne, a autorisé des malades chroniques à cultiver des plants de cannabis pour leur consommation personnelle. Une décision qui devrait faire jurisprudence.

Mais en Allemagne, le Tribunal constitutionnel avait déjà dépénalisé dès 1994 la détention de petite quantité de cannabis. En fait, presque partout en Europe la consommation et la détention sont de fait dépénalisés, sauf en France et en Suède.

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