Anthony Bellanger

Après un mois de guerre, l’armée israélienne s’est retiré de la bande de Gaza en expliquant que « la mission était accomplie »…

Quelle mission ? Un peu moins de 2 000 victimes, une dizaine de milliers de blessés, près de 5 milliards d’euros de destructions et un mois entier de bombardement… Dans quel but ? D’abord, explique-t-on à Tel Aviv, pour détruire des tunnels.

Des tunnels dont on nous a expliqué qu’ils étaient beaucoup plus nombreux et sophistiqués que prévus et surtout qu’ils reliaient Gaza à Israël. Mais qui peut croire sérieusement qu’Israël les a tout détruits ? Il suffit de regarder une carte.

Entre le territoire Israélien et Gaza, il y a une cinquantaine de kilomètres de frontières continues. Tous les bombardements et toutes les opérations spéciales du monde ne sauraient repérer et détruire des tunnels souterrains sur 50kms.

Alors dans quel but, une fois encore ? Affaiblir militairement le Hamas ? C’est la 3ème fois depuis le retrait israélien de 2005 que Tsahal intervient dans la bande de Gaza. A chaque fois, le Hamas a été affaibli, un peu, mais s’est réarmé toujours.

Par contre, alors que le mouvement islamiste était politiquement affaibli et que les Gazaouis commençaient à contester son pouvoir de l’intérieur, cette dernière guerre lui a redonné prestige et légitimité pour plusieurs années encore.

Mais que reste-t-il comme « but de guerre » ?

De but de guerre, je n’en vois qu’un et il est particulièrement retors : torpiller le gouvernement d’union mis en place juste avant cette opération entre le Fatah et le Hamas. Un gouvernement d’union entre Palestiniens dont Israël ne voulait pas.

D’un côté vous aviez un Hamas isolé : plus d’alliés égyptiens depuis la chute du président Morsi. Plus d’alliés syriens, donc plus d’alliés iraniens. Le Hamas était donc ruiné, incapable de payer ses fonctionnaires et de gérer Gaza.

Au point que les cadres du mouvement avaient fini par accepter de remettre Gaza entre les mains des frères ennemis du Fatah. Or cette guerre, qui a redonné au Hamas du poids politique, a aussi modifié l’équilibre interpalestinien.

Désormais, c’est avec le Hamas qu’Israël discute de la guerre et de la paix. C’est pour rencontrer les négociateurs du Hamas que l’on se rend rituellement au Caire. C’est par le Hamas qu’il faudra passer pour reconstruire. Le Fatah est hors-jeu.

C’est toute la communauté internationale qui est hors-jeu…

C’est vrai, Bruno. Les pays arabes sont soient occupés ailleurs soit carrément – comme l’Egypte et l’Arabie Saoudite – hostiles au Hamas. Ils n’ont rien pu, ni voulu faire quoi que ce soit de sérieux.

L’Union européenne est depuis toujours aux abonnés absents. Elle paiera, point barre. Mais le plus inquiétant, c’est l’absence totale et presque humiliante des Etats-Unis. John Kerry, a eu beau se démener, il n’a rien obtenu.

Même pas une trêve de quelques heures, même pas un début de calendrier de retrait ou une vague intention de modérer les opérations de la part d’Israël. Rien. Pire, Tel Aviv l’a systématiquement contourné, accusé de partialité, disqualifié.

Alors on sait que Barack Obama s’intéresse très modérément au conflit israélo-palestinien, que les Etats-Unis se sont fourvoyés en Egypte et que les Américains ne veulent plus entendre parler de guerre au Moyen-Orient. Mais tout de même.

Une telle absence de résultats et de poids pour les Etats-Unis, c’est du jamais vu ! Et c’est inquiétant parce que, du coup, Israël, se retrouve seule, sans personne pour lui expliquer que 2 000 victimes, dont 300 enfants, c’est insupportable.

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