Un vrai débat démocratique et citoyen nécessite l’expression d’idées contradictoires. Or, à chaque réapparition du débat sur la loi de pénalisation de la négation du génocide arménien, on lit et on entend surtout ceux qui s’y opposent. Pourtant à chaque bon argument déployé par les nombreux adversaires du texte, on peut opposer un argument au moins aussi valable.Premier argument : « ce n’est pas au parlement de dire l’Histoire ». Parfaitement exact ! Sauf que l’histoire du génocide arménien de 1915 a déjà été dite par ses contemporains, en l’occurrence des milliers de rescapés, des diplomates, des militaires, des journalistes, des intellectuels et même des juges ! Il s’agit là simplement de protéger une tragique réalité historique de sa négation outrancière ; pourquoi pas par le truchement de la loi qui incarne – selon la formule consacrée – « l’expression de la volonté générale ». C’est donc bien au nom du peuple français que ses représentants légifèreront. Ajoutons que les historiens disent certes l’histoire mais sans en être les propriétaires exclusifs.Deuxième argument : « cette loi empêchera les historiens de travailler sereinement ». Cette crainte paraît sans fondement ; après tout la loi Gayssot de 1990, qui punit la négation du génocide commis par les nazis, n’a jamais empêché un historien de faire son métier librement, et aucun d’eux ne s’est d'ailleurs plaint d’une entrave intellectuelle. Et c’est logique, puisque sauf – et pour cause – les faussaires négationnistes du génocide juif, nul historien ne conteste l’évidence de la Shoah. Des centaines d’entre eux travaillent actuellement sur les multiples aspects de ce génocide, pourquoi en serait-il différemment avec le génocide arménien ? Et s’il y a plainte abusive contre des historiens sérieux, la Justice tranchera évidemment en leur faveur. Troisième argument : « on risque d’ouvrir la boite de Pandore ». L’inflation de textes est une préoccupation légitime, mais en l’occurrence la loi en souffrance ne concernera sans doute que « les génocides reconnus par la France ». C’est à dire les seuls génocides juif et arménien. Et la Turquie dans tout celà ?C'est la grande absente du texte adopté en janvier puis invalidé par le conseil constitutionel. Non seulement elle n’y est pas mentionnée, mais même le régime précédent, celui qui perpétra le génocide en 1915, c'est-à-dire l’empire ottoman, n’est pas cité non plus ! Dans ces conditions, il apparaît tout de même difficile de parler de stigmatisation…Enfin les menaces de représailles commerciales turques ne doivent pas impressionner ; si la Turquie est souveraine, la France l’est tout autant et sa représentation nationale légitimée répétons-le à légiférer au nom du peuple français ; donc ni cynisme, ni lâcheté ! De toute façon, des représailles risqueraient d’entraîner une réplique européenne et de coûter au final très cher à Ankara. En définitive, une chose est sure ; le négationnisme est un fléau à combattre, autant lorsqu’il provient d’Etats que de groupes ou d’individus. La loi Gayssot constitue depuis vingt ans une arme efficace, pourquoi celle protégeant la mémoire du génocide arménien ne le serait-elle pas ?...

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