Vous vous intéressez aujourd’hui à la fin du Ramadan mais vers une destination plutôt inédite : l’extrême-ouest de la Chine…

En ce jour de fin de Ramadan, nous n’allons pas nous tourner vers le Qatar, l’Iran ou l’Egypte, mais en direction de la Chine, et précisément dans la région autonome du Xinjiang. Cette région, dont j’assume presque la prononciation exacte, est la plus vaste de Chine, elle fait trois fois la France et se situe à la limite Nord-Ouest du pays, en Asie Centrale.

Avant, ce territoire se nommait Turkestan oriental et il est devenu le Xinjiang, en mandarin, « nouvelle frontière ». En 1949, après deux siècles de conquête mouvementée, la Chine parvient enfin à coloniser ce vaste espace très riche en pétrole. Consciente de son intérêt, elle lance une politique d’assimilation culturelle contre la minorité autochtone existante : les Ouïghours.

C’est un peuple de langue turque et de religion musulmane.

A la fin de la colonisation, les Ouïghours représentent 75% du peuplement régional, aujourd’hui, ils sont moins de la moitié. Ils ne se considèrent pas comme Chinois, et le but de Pékin est de réduire toujours un peu plus leur présence ; avec entre autre, un moyen efficace : contraindre leur pratique religieuse au maximum, ce qui les pousse à fuir.

Mais la proximité, l'influence des pays d'Asie centrale qui sont musulmans, ne posent pas de problème aux Chinois dans leur politique de discrimination ?

Ces pays sont culturellement liés aux Ouïghours, mais leur influence est finalement réduite, les Chinois sont parvenus à tisser des liens stratégiques d'envergure avec eux, d'abord sur le plan économique dans le secteur pétrolier et gazier : des ententes sont régulièrement conclues pour éviter des litiges concurrentiels.

Ensuite, sur le plan religieux et politique, ça se complique un peu. La proximité géographique et culturelle de l’Afghanistan et du Pakistan en particulier, fait peur. Le Mouvement islamiste du Turkestan Oriental est l’ennemi juré des Chinois, surtout depuis le 11 septembre. La Chine a donc décidé d'éradiquer toute menace sur son territoire, car pour elle, islamisme ouïghour et terrorisme se confondent. Elle a donc rallié ses voisins musulmans pour l'aider dans une coopération régionale appelée « groupe de Shanghaï » … LAfghanistan et le Pakistan en sont exclus mais la Russie en fait partie. Leur objectif est clair : lutter contre « le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux ». L'amalgame de ces 3 menaces permet ainsi aux Chinois d'agir en toute impunité, sur une communauté ouïghoure brimée et réduite au silence. Les ONG de défense des Droits de l’Homme ont beau crié au scandale, rien ne bouge vraiment, du côté des Nations Unies.

Et alors, pendant le Ramadan, comment les Chinois arrivent-ils à contraindre les musulmans ouïghours ?

Les Ouïghours suivent les mêmes lois que les autres musulmans sunnites du monde entier, ils font le ramadan au même moment, mais pas forcément dans les mêmes conditions, car Pékin ne les oublie pas : les étudiants et les fonctionnaires ouïghours sont interdits de ramadan, sous peine d’expulsion ; le contrôle de l’identité à l’entrée des mosquées est obligatoire ; barbes et moustaches doivent être coupées...

En somme, les Chinois spolient une liberté de culte pourtant inscrite dans la loi. Encadrer le ramadan revient à imposer la marque de l’occupation chinoise, au cœur même de leur identité. Mais soyons clairs, les Chinois n'ont pas peur de l’islam, c’est le séparatisme qu’ils exècrent ! D’autres minorités comme les Tibétains en savent quelque chose. Il y a un mois, la capitale du Xinjiang, Urumqi, était quadrillée par des milliers de policiers chinois, c'était à la fois la veille du ramadan et le jour de l'anniversaire des émeutes sanglantes de 2009. Une attaque « terroriste », selon les termes employés par le gouvernement, était crainte.

Même si peu d’incidents ont eu lieu depuis le début du jeûne, la tension est palpable et aujourd’hui, les autorités chinoises seront vigilantes, la fin du ramadan peut rimer avec violences ; surtout dans un contexte international aussi brûlant.

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