« Le peuple syrien et son gouvernement sont déterminés à purger le pays des terroristes et à combattre le terrorisme sans répit ». Déclaration officielle de Bashar el Assad hier sur les médias syriens, après dix-huit mois de contestation populaire liée au printemps arabe, et alors que celle-ci s’est transformée en véritable guerre civile. Petit inventaire : d’incessantes condamnations internationales, l’éviction de la Ligue arabe, la perte du partenariat turc, de lourdes sanctions commerciales, la mort d’un ministre de la défense, la défection d’un premier ministre, d’une vingtaine de généraux, de dizaines d’officiers et de plusieurs ambassadeurs, l’effondrement des investissements et du tourisme et, bien sûr, des dégâts considérables dans presque tout le pays dont l’économie est en ruine pour longtemps… Fort de ce bilan accablant autant que provisoire, qu’est-ce qui permet encore au dictateur syrien de fanfaronner à ce point, lui qui sait parfaitement que son armée n’en est plus à combattre quelques groupuscules d’activistes plus ou moins barbus… Essaie-t-il de renforcer le moral de ses troupes ? Ou de s’auto-persuader qu’il n’a affaire qu’à une bande de gueux détachés de la population ? Non, décidément, ce n’est pas le genre de la maison Assad, rompue au froid calculs rationnels des rapports des force bruts. En vérité, il considère que la masse critique n’a pas encore basculé, que toutes ces pertes ne signifient pas son inéluctable défaite, que son pouvoir s’est certes affaibli mais pas au point de sombrer.

Pourtant, Frédéric, la liste des pertes objectives que vous venez de mentionner est impressionnante ; sur quoi peut encore compter Assad, et qu’est-ce qui fait cette « masse critique » dont vous parlez ?

Et bien on appellera masse critique géopolitique d’un pouvoir l’ensemble de ses fondements, ou de ses atouts structurels si vous préférez. Et cela dans tous les champs d’exercice du pouvoir, militaire évidemment mais aussi diplomatique, démographique ou encore économique. Prenons quelques exemples, à commencer par la dimension militaire. Certes vingt généraux ont à ce jour déserté, nombre spectaculaire au premier abord. Mais il est reste 200 ! Certes les insurgés ont capturé quelques blindés et dispose à présent de fusils et de munitions en quantité. Mais Assad dispose lui de centaines de chars lourds et d’une aviation redoutable. Autre exemple, pris cette fois dans le domaine diplomatique. Plus de cent pays – dont de grandes puissances – se sont récemment retrouvés à Paris pour agonir un régime désormais traité de tous les noms d’oiseau. Mais que pèse cet aréopage face aux vetos russe et chinois au Conseil de sécurité ? En droit international, hélas, pas grand-chose ! Encore un exemple ? : les sanctions commerciales occidentales. Légitimes, contraignantes, elles s’imposaient sans doute face à la répression féroce du despote. Mais si l’Iran, la Chine et la Russie rivalisent d’achats massifs de produits syriens, ces sanctions n’auront qu’un effet marginal. Un dernier point qui permet à Assad de fanfaronner, le plus parlant peut-être : le soutien d’une partie considérable de la population – chrétiens, chiites et druzes notamment – qui le préfère à ses très vraisemblables successeurs sunnites ultra conservateurs. Quant aux alaouites, ils se battent à la vie / à la mort et n’ont d’autre choix que de suivre jusqu’au bout leur leader.Votre humble serviteur, Bruno, indiquait sur cette antenne et à votre micro, voilà une année de cela, qu’Assad avait encore de beaux jours de dictateur au pouvoir devant lui. Hélas, lui-même semble faire aujourd’hui le même pronostic…

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