Aujourd’hui, vous avez choisi de nous parler du « coup de froid » qui a sévi cette semaine entre Washington et Moscou…

Oui et bonne nouvelle, ce coup de froid ne serait pas polaire...

Aujourd’hui, à Washington, le chef de la diplomatie américaine John Kerry, rencontre son homologue russe pour mettre sur la table les dossiers brûlants. Le dialogue n’est donc pas rompu et si l’amplification des tensions est indéniable, la rupture des liens diplomatiques reste pour l’instant, illusoire.

L’annulation du sommet prévu entre les Etats Unis et la Russie en septembre prochain, fait marquer à Obama un point, perdu brutalement avec l’affaire Snowden. Avant d’être un prétexte, cette affaire est la manifestation de la défiance que Vladimir Poutine adresse à Obama. Défiance qui répond à l’attitude plutôt condescendante qu’Obama a fait sentir à Poutine en début de mandat. Mais tout de même, accorder l’asile politique à un agent secret américain qui a révélé au monde entier qu’il était espionné, revient à rallier la cause de ce traître pour les Etats-Unis. Obama ne pouvait décemment ignorer l’offense.

Mais peut-on vraiment dire que les relations d’Obama et Poutine soient au beau fixe depuis qu’ils se côtoient au sommet du pouvoir ?

La question est justement centrale dans cette affaire, le duo Obama- Poutine a du mal à fonctionner.

Que les deux hommes ne s’apprécient guère n’est pas un secret ; à plusieurs reprises, Obama a rappelé sa préférence pour l’ancien président Medvedev, moins nationaliste et militariste que Poutine. Donc mis à part des hydrocarbures, les deux présidents actuels n’ont rien en commun : ni les mêmes valeurs, ni la même vision du monde.

Deux approches diplomatiques s’opposent donc entre eux : quand Poutine attaque, Obama le snobe. Le problème c’est qu’avec l’affaire Snowden, c’est toute l’Amérique qui s’est sentie attaquée, et le Congrès a prié son Président de ne pas hésiter à marquer du poing sa pensée. On assiste donc avant tout à un combat diplomatique et médiatique, une sorte de guerre des styles qui ne doit pas simplifier les relations complexes de ces deux états, au passif… certain.

Et on imagine que l’affaire Snowden et l’annulation du sommet, sont les deux arbres qui cachent la forêt…

C’est vrai que la détérioration des rapports entre la Russie et les Etats Unis ne date pas d’hier. Mais signalons tout de même que tous les dossiers, ne sont pas problématiques. La lutte contre le terrorisme est le point de rapprochement majeur des deux états. Aucun des deux n’est jamais revenu sur ses principes depuis 2001. Le programme de démantèlement des armes nucléaires et chimiques reste plus discuté côté russe, mais il n’est pas mort, et John Kerry compte bien avancer sur le sujet aujourd’hui. Conclu en 2010, ce programme engage les deux états à contrôler et réduire l’arsenal nucléaire de chacun. Mais les Etats Unis, dans les faits, respectent davantage le contrôle, que la réduction de leurs têtes nucléaires. Cela pose problème.

Des positions communes restent présentes, concernant la Corée du Nord ou l’Afpak : c'est une zone de conflits qui touchent l’Afghanistan et le Pakistan ; et où Moscou y soutient l’action de l’Otan.

Mais ce n’est pas la même affaire en Syrie …

Bien au contraire… Le conflit syrien manifeste l’opposition totale des Etats Unis et de la Russie. Poutine soutient le régime de Bachar El Assad, ce qui lui permet d’imposer la Russie dans l’échiquier mondial, mais en particulier à l’ONU, où son veto nous coûte cher. Le blocage est clair et les possibilités de mettre en place une conférence pour régler le conflit semblent encore très lointaines. Les Russes ne pardonnent pas non plus aux Américains d’avoir dénoncé la corruption de leur régime en dressant une liste de fonctionnaires, jugés indésirables sur le sol américain, en janvier dernier. Pourtant, en Russie, l’affaire a plutôt servi, car l’anti-américanisme est une des lignes fortes de l’idéologie poutinienne. On a bien là un retour de l’homo sovieticus en puissance, celui qui excuse les bévues du système par un complot américan, tout cela en pêchant des brochets de 21 kilos, c'est la dernière prouesse du Président…

Le coup de froid est bien là oui mais la guerre froide ne devrait plus avoir lieu, mis à part si les Etats-Unis refusent de garantir aujourd’hui, aux Russes que leur bouclier anti-missile n’aura pas Moscou dans le viseur.

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