Aujourd’hui, Frédéric Encel consacre sa première Chronique internationale de l’été au couple franco-allemand, au lendemain du grand raout de Reims.

Entre François Hollande et Angela Merkel, on n’avait pas lésiné sur les symboles, dans l’espace comme dans le temps : une entrevue en grandes pompes dans cette cité directement concernée à plusieurs titres par trois guerres franco-allemandes en moins d’un siècle ; des discours chaleureux sur le parvis même de la Cathédrale, là précisément ou Charles de Gaulle et Konrad Adenauer avaient solennellement scellé la réconciliation ; et puis ce 50è anniversaire heure pour heure de la fameuse rencontre de 1962. Le dévoilement d’une plaque commémorative de l’événement ainsi que le passage en revue de la brigade franco-allemande ajoutaient au symbolisme ambiant. Tout cela est très bien, et l’on aurait tort de bouder notre plaisir ; rien n’est jamais acquis en géopolitique, le maintien des excellentes relations entre Paris et Berlin n’allait pas de soi et demeure à ce jour extrêmement précieux pour les deux pays et pour toute l’Europe.Seulement, que faire après ? Car lorsqu’on revient aux réalités – ce que la chancelière Merkel a fait en renonçant à prolonger les festivités ! – on constate une stagnation dans le tandem, et cela pour une raison très simple : à ce niveau de relations bilatérales, si l’on veut les améliorer encore et notamment au profit de la France, si l’on compte rivaliser avec les grands émergeants, il faut passer à la vitesse supérieure, en clair adopter une forme d’union plus seulement économique…

Cela signifierait des transferts de souveraineté supplémentaires et, à terme, une sorte d’union politique ?

Oui, et c’est justement ce que n’ont pas souhaité les derniers présidents français en date, soutenus par une opinion – reconnaissons-le – réticente. On peut tout à fait comprendre que, par souverainisme ou défiance vis-à-vis des voisins d’outre-Rhin, beaucoup de Français souhaitent en rester là. Mais alors il faudra en assumer les conséquences et risquer de voir le partenaire se détourner pour d’autres horizons. De plus en plus désindustrialisée tandis que l’Allemagne exporte ses produits manufacturés avec un succès insolent, désargentée alors que le PIB allemand continue de progresser plus vite, en panne de croissance face à un voisin affichant un redémarrage, la France n’a plus les moyens de forcer la décision. Cela dit, si sur le plan économique la cause est entendue, sans doute la France peut-elle encore s’affirmer politiquement et stratégiquement dans son tandem avec l’Allemagne. Après tout, son poids diplomatique à l’ONU comme auprès de nombreuses capitales ainsi que ses capacités militaires en font toujours une puissance de premier ordre. On peut très bien imaginer qu’en contrepartie d’un plus important pouvoir de décision économique et financier à son avantage, Berlin consente à suivre les suggestions de Paris en matière de politique étrangère, tant diplomatique que stratégique.Mais le temps presse : car fort de son écart économique grandissant avec nous, l’Allemagne pourrait bien s’imposer aussi sur ce plan-là. Déjà en 1991, le chancelier Kohl avait reconnu unilatéralement l’indépendance de la Croatie au grand dam de Paris, et, vingt ans plus tard, Berlin refusait catégoriquement de se joindre à la coalition anti-Kadhafi pourtant menée par l’Elysée aux côtés des alliés britanniques et américains. Et demain, quelle nouvelle rebuffade devra-t-on subir ?

« Nous ne tournons pas une page, nous ouvrons une porte », avait dit De Gaulle à Reims il y a 50 ans. Que la France se garde de rater la prochaine porte, celle du partenariat renforcé ; car elle pourrait bien devoir se contenter d’organiser des festivités purement… symboliques !

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