Cette fois c’est fait ; presque un an après la chute du dictateur Muammar Kadhafi, le CNT – ce fameux Conseil national de transition qui avait vaincu Kadhafi avec l’aide décisive de l’OTAN, au printemps 2011 – a transmis les pleins pouvoirs à l’assemblée nationale libyenne, élue le 7 juillet dernier, lors d’une cérémonie solennelle dirigée par le Moustapha Abdeljalil. On rappellera qu’après une longue carrière passée à servir le dictateur déchu, celui-ci avait en effet choisi le bon camp au bon moment…Le Congrès, après s’être choisi une équipe directrice, devra constituer à brève échéance un nouveau gouvernement transitoire, puis mener le pays à des élections générales, enfin et surtout bâtir une constitution, architecture de lois qui n’existait tout simplement pas sous Kadhafi. On pourra toujours trouver des défauts à cette transition politique ; un système électoral favorisant l’émiettement du parlement, l’absence de grandes lignes directrices, ou encore la présence de cadres de l’ancien régime. Mais après 42 ans d’une implacable dictature ayant littéralement aboli le champ du politique, plus une guerre civile meurtrière, on admettra ce passage en douceur comme un tour de force.

Tout de même, Frédéric, au-delà de la transition institutionnelle, de grands défis attendent le nouveau pouvoir…

Oui Bruno, et c’est le moins qu’on puisse dire. Rangeons ces défis en deux catégories ; extérieurs et intérieurs. A l’extérieur, le nouveau pouvoir libyen devra démonter qu’il tranche définitivement avec les sales manières de feu le bouillant Kadhafi. Le « Guide » lançait en effet ses spadassins voire ses chars d’assaut contre quiconque ne partageait pas ses vues ; on se souviendra de l’assassinat d’un leader religieux chiite libanais, de l’expulsion de réfugiés palestiniens, de l’invasion du Tchad, des attentats terroristes, du soutien aux plus ubuesques despotes, ou encore de ses discours hallucinés à l’Assemblée générale des Nations unies. Par ailleurs, Tripoli devra trouver un positionnement international plus équilibré qu’autrefois, incluant à la fois l’Occident et la Ligue arabe.A l’intérieur, les défis semblent plus fondamentaux, car il n’y aura de politique extérieure qu’à la condition d’une vraie stabilité domestique. D’abord, désarmer les milices, qu’elles soient claniques ou villageoises. L’Etat doit absolument disposer du « monopole de la violence légitime » selon l’expression de…. Ensuite, éviter l’approfondissement du clivage entre les deux principales régions libyennes : la Cyrénaïque située à l’est avec Benghazi pour capitale, et la Tripolitaine située à l’ouest avec Tripoli. Un vieil antagonisme datant de la colonisation italienne de 1911 était en effet réapparu au grand jour lors de la guerre civile. Enfin et surtout, les nouvelles autorités devront prouver à la population qu’elle sait gérer. Dit comme cela, Bruno, ce n’est pas très romantique. Mais il faut se rendre compte à quel point il est exaspérant pour un homme pauvre de savoir qu’il vit dans un Etat très riche. Surtout si cet homme est désormais surinformé. Or la Libye, grosse exportatrice de gaz naturel et surtout de pétrole – avec presque 4% de la production mondiale – n’abrite que six millions d’habitants. En prenant le contre-pied du système Kadhafi, népotiste, corrompu, rétif aux investissements et souvent irrationnel, le nouveau pouvoir devrait développer sans attendre les conditions d’un redémarrage économique et social, profitant au plus grand nombre. Attention : les périodes post révolutionnaires se caractérisent par l’impatience de ceux qui luttèrent pour autre chose. Un printemps a porté au pouvoir un nouveau régime pour plus de liberté et de bien-être, un autre pourrait tout aussi bien l’abattre pour les mêmes raisons…

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.