La chronique internationale d'Anthony Bellanger

Ce matin, c’est l’élection de Recep Tayyip Erdogan qui vous a impressionné

Avec plus de 52% des voix et ce dès le 1er tour, il y a de quoi ! C’est un peu comme si, depuis plus de dix ans, en Turquie il n’y avait qu’Erdogan et son parti l’AKP : cet homme n’a perdu aucune élection, locale ou nationale, depuis 2002 !

Plus impressionnant encore. Aux municipales de mars dernier, son parti avait recueilli dans tout le pays 45% des suffrages. Sur son seul nom, Erdogan a ajouté 7 points de plus. Et ce alors que 2013/2014 a été une année difficile.

Rappelez-vous, en juin 2013 des centaines de milliers d’étudiants et de jeunes urbains envahissaient les rues pour s’opposer à la destruction du parc Gezi à Istanbul. C’était bien sûr un prétexte.

En fait, une partie de la jeunesse en avait assez de l’autoritarisme d’Erdogan et de ses projets grandioses. Rien qu’à Istanbul : un troisième aéroport, un canal sur le Bosphore, des quartiers entiers détruits pour y mettre des centaines de tours.

Et pourtant, il a élu et réélu

Oui parce que ceux qui manifestent ne sont pas ceux qui votent pour lui. Ceux qui manifestent sont la jeunesse dorée, étudiante, laïque et européanisée d’Istanbul. Une partie importante mais très minoritaire de la population.

Ceux qui votent pour lui, c’est la petite et moyenne bourgeoisie de province, concrètement d’Anatolie. Une classe moyenne qui a explosée avec Erdogan et qui lui doit un niveau de vie incomparablement meilleur.

Pour vous donnez une idée : en dix ans, la richesse produite par la Turquie à plus que doublée et, si le rythme s’est ralenti ces deux dernières années, l’économie turque continue tout de même de croître de 4% par an.

Mais ce n’est pas tout ! Cette petite et moyenne bourgeoisie anatolienne prend sa revanche. Elle a toujours été méprisée par les élites stambouliotes. Un peu à la façon dont on soupçonne parfois les Parisiens de mépriser les provinciaux.

Un mépris social, politique et surtout religieux. Parce que cette nouvelle classe moyenne de Bursa, de Kayseri ou d’Izmir est pieuse, très pieuse. Du coup, elle se reconnaît parfaitement dans le discours islamo-conservateur d’Erdogan et de l’AKP.

Des grands projets d’Istanbul, ils ne retiennent que la grande mosquée dont les minarets seront les plus hauts du monde. Et tous ont en mémoire le fameux : « les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes ».

Une phrase, un slogan, qui date de 1997 et qui a valu à Erdogan quelques mois de prison et un halo de martyr. Or cette Turquie là, cette Turquie profonde, pieuse et industrieuse, elle vote comme un seul homme pour l’homme providentiel Erdogan.

Il n’y a aucune chance que ça change un jour ?

On risque d’avoir d’Erdogan encore pendant pas mal de temps. Lui-même a fixé la fin de ses mandats à 2023, pour le centenaire de la Turquie moderne, celle fondée par Atatürk. C’est dire combien la modestie n’est pas son fort !

Mais regarder l’état de l’opposition, on lui donnerait presque raison par avance ! Le Parti républicain du peuple, par exemple, le CHP, n’est plus que l’ombre de lui-même. Un parti sans lequel aucun gouvt ne se formait il y a encore dix ans,

Il faut dire aussi qu’Erdogan a pris soin d’affaiblir, voire de détruire tout ce qui pouvait s’opposer à lui. Depuis les manifestations de Gezi, des centaines de juges, procureurs et policiers ont, par exemple, été radiés ou mutés.

Sans parler des dizaines de journalistes, licenciés, intimidés, arrêtés et mis en prison. Au 1er décembre dernier, 211 journalistes étaient emprisonnés. Alors oui, dans ces conditions, c’est un peu Erdogan un jour, Erdogan toujours .

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