Il y a 50 ans jour pour jour, l’Allemagne de l’Est et l’ensemble du Pacte de Varsovie commençaient d’ériger un mur à Berlin. Nous avons choisi ce matin de vous parler de cet événement emblématique du XXè siècle.

Dans la nuit du 12 ou 13 aout 1961, plusieurs milliers d’ouvriers est-allemands flanqués d’une bonne douzaine de milliers de militaires en alerte, érigeaient entre Berlin Est et Berlin Ouest une clôture, séparation au sol qui allait vite devenir un véritable mur enserrant et isolant tout à fait Berlin-Ouest. Tout un dispositif en fait puisque l’ouvrage sera bientôt serti de 300 miradors, de chevaux de frise, d’un chemin de ronde doublé d’un no man’s land, 600 chiens dressés, et des effectifs en policiers et en soldats équivalant pratiquement à une division. Longue de 165 km autour de Berlin, la séparation se poursuivait sur plusieurs kilomètre de frontières entre les deux Allemagnes, mais sous la forme d’une barrière et non d’une paroi murale.

Quelle était alors la vocation d’un tel ouvrage ? Certainement pas militaire ! On n’arrête pas des armées modernes avec un peu de béton et des barbelés. Et puis l’enclave de Berlin-Ouest ne représentait évidemment pas de menaces stratégiques pour le boc soviétique.

Affaire de prestige, plutôt, et surtout de main d’œuvre. Car de 1949 – date de création de la République fédérale d’Allemagne – à l’été 1961, près de 3 millions d’Est-allemands avaient déjà franchi la frontière alors ouverte dans la ville. Cette hémorragie entravait la croissance de la RDA et illustrait clairement l’échec du modèle du « paradis socialiste » proposé par Moscou et ses affidés. On décida donc, en pleine guerre froide, de faire cesser le phénomène.

L’édification du mur de Berlin fut-elle une réussite ?

Sur le plan démographique, oui, dans la mesure où il devenait très difficile de passer à l’Ouest. Certains ont réussi, au péril de leur vie. Plus de 200 personnes seront tuées en tentant de franchir l’édifice, et cela jusqu’à sa chute en novembre 1989.

Mais sur le plan politique et symbolique, le moins qu’on puisse dire est que le bloc communiste n’en sortit pas grandi. Sa propagande avait beau parler de « protection antifasciste », personne à l’ouest hors des rangs militants ne fut dupe.

Surtout, le soutien politique des Occidentaux fut massif, même si aucune mesure de rétorsion lourde ne fut adoptée à l’encontre d’une Allemagne de l’est qui – en droit strict – pouvait ériger ce qu’elle souhaitait sur propre territoire. On se souvient notamment de la visite du président américain Kennedy à Berlin-Ouest, deux ans après l’érection du mur, et de son fameux « Ich bin in berliner ». Un discours qui éclipse d’ailleurs celui d’un Reagan en 1987, deux ans avant la chute du mur de Berlin.

Enfin socialement et économiquement, le bilan pour Berlin-Est fut nettement négatif, avec la perte de plus de 30 000 emplois pour des travailleurs transitant quotidiennement d’Est en Ouest.

Ce mur de Berlin a fait des « petits », puisqu’on en compte aujourd’hui plusieurs dizaines à travers le monde.

Il est vrai que le procédé a fait florès, mais, soyons honnêtes, ce n’est réellement pas nouveau. On fera grâce aux auditeurs de France Inter du mur d’Hadrien et de la muraille de Chine pour n’évoquer que quelques cas très contemporains.

On trouve d’abord des séparations physiques – murs ou barrières de tout autre type – pour empêcher des flux migratoires : ainsi de la barrière érigée par les Etats-Unis depuis 2005 sur leur frontière fluviale du Rio Grande avec le Mexique, ou encore des puissantes clôtures établies autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

On élève des murs pour des motifs ethno-religieux aussi, même si c’est rarement exprimé de cette manière : à Belfast entre protestants et catholiques, à Bagdad entre Chiites et sunnites, à Chypre entre le nord turc et le sud grec, ou encore le long de la rivière Naaf qui sépare la Birmanie bouddhiste et le Bangladesh musulman.

Autre vocation possible : se protéger des attentats. Voir les cas emblématiques du mur/barrière de séparation érigé par Israël à partir de 2003 en Cisjordanie, de la clôture pakistanaise face aux Talibans afghans, ou encore de celle érigée par l’Inde face au… Pakistan sur les hauts confins du Cachemire.

Et l’on pourrait poursuivre la liste. Mais, si l’on n’aime pas les voyages, on pourra se contenter de voir le « mur de la paix » de Clara Halter ; c’est à Paris et cela n’empêche personne de passer.

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