Aujourd’hui, décryptage de la situation en Egypte où les tensions ont repris crescendo depuis une semaine …

Malgré les tentatives de médiation internationale la semaine dernière, la situation en Egypte est en train de s’enliser.

Et pas seulement au Caire. A Alexandrie par exemple, de nombreux manifestants appellent au retour de Mohammed Morsi, le président déchu, devenu l’icône de ralliement des frères musulmans. Ils n’acceptent pas sa destitution brutale de fin juin dernier. Enfin, brutale, oui si l’on n’observe de loin la situation... Car, à peine Morsi au pouvoir, des signes de fragilités de la Confrérie sont visibles. Le renversement a été préparé par les opposants des Frères, parmi eux les « foulouls » de l’époque Moubarak, ces cadres de l’ancien régime, appuyés en sous-main par l’Arabie Saoudite très opposée à Morsi. Les Etats-Unis auraient laissé faire et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, un Américain est un traître pour les Pro- Morsi.

Depuis la fin du ramadan en tous cas, leurs sit-in s’intensifient, et la fracture avec le gouvernement militaire s’approfondit d’heure en heure. L’Egypte est en train de basculer dans la guerre civile. Et cette situation dépasse ses frontières.

En tant que centre névralgique de la Méditerranée, sa situation troublée constitue une onde de choc pour l’organisation géopolitique du monde arabe ; les lignes de tension ou de fracture se révèlent de Casablanca à Téhéran.

Pourquoi l’Egypte a-t-elle cette place centrale ?

Cette influence s’explique par sa situation géographique et son histoire. Au carrefour du Maghreb en Afrique du Nord et du Machrek oriental, en Asie, l’Egypte est un nœud civilisationnel, le plus peuplé d’ailleurs, de la région. Pour tous les Arabes, l’Oum ad-Dunya c’est à dire « la mère du monde », est forcément égyptienne. Terre d’invention de l’Ecriture, berceau des Pharaons, grenier à blé des civilisations grecque et romaine ; l’Egypte a un destin hors-norme et les divisions actuelles ne doivent pas le gâcher. Arabe puis ottomane, une fois indépendante au XXe siècle, elle s’affirme et devient leader du panarabisme avec Nasser en porte drapeau des non-alignés.

Après le Printemps arabe, quand les Frères musulmans arrivent au pouvoir, les Egyptiens ne sont pas étonnés, après tout, ils ont connu le monarchisme, le socialisme, le capitalisme, ils n’étaient pas à une idéologie prêt…alors va pour l’islamisme. Mais le scénario tourne mal. Les Frères ne parviennent pas à réformer l’appareil d’état, ils ne changent rien de l’ordre établi sous Moubarak, Morsi est accusé de « frérisation » des institutions et puis surtout, il ne noue aucune alliance solide avec les autres partis et ne fait pas assez jouer ses relations avec les frères musulmans du Moyen Orient.

Mais est-ce que cet échec ne révèle pas une faiblesse de la mouvance des frères musulmans en général ?

Si la confrérie d’origine égyptienne s’est propagée au Moyen Orient pendant son exil, il semble impossible de parler aujourd’hui d’une véritable « internationale barbue ».

Leur chute en Egypte déstabilise les pays où leur influence est solide : en Tunisie et en Turquie, islamistes d’Ennahdha et conservateurs de l’AKP dénoncent un putsch et craignent un recul de leur pouvoir. Même chose chez les Marocains et les Jordaniens. Mais pour le Qatar, principal mécène des frères musulmans avec Dubai, c’est la déception… Cela dit, une fois n’est pas coutume, ils veulent maintenir leur présence en Egypte. Le problème c’est que d’autres généreux donateurs accourent: l’Arabie saoudite en première ligne et ses amis du Golfe…Tous saluent, la victoire du peuple frère, d’Egypte, et de son armée. Et pour le prouver, un chèque saoudien de 7 milliards de dollars a été signé… Et oui, ils exècrent les frères musulmans mais soutiennent les salafistes.

C’est justement l’inverse, côté iranien. Anti-salafistes forcenés, ils voient d’un œil mitigé l’éviction des frères et le soutien des Saoudiens... Après, pour eux, qu’un leader sunnite tombe, c’est toujours ça de moins en Syrie.

Enfin, la chute de Morsi souligne l’affaiblissement du mouvement islamiste palestinien, issu des frères musulmans, le Hamas. N’ayant plus l’allié syrien, et perdant Morsi, il est réduit à l’isolement, au moment où l’Autorité palestinienne commence juste à négocier avec Israël.

Le bilan est donc clair : les structures d’influence du Moyen Orient bougent, l’onde de choc egyptienne est en marche, reste à savoir si les Egyptiens parviendront à préserver leurs intérêts, face aux puissances qui s’insèrent dans leur crise.

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