Anthony Bellanger

En plus d’une crise humanitaire et militaire, l’Irak s’est offert depuis hier une crise politique Avec la nomination surprise d’un nouveau 1er ministre en remplacement de celui qui régnait sur le pays depuis 8 ans maintenant. Nouri Al-Maliki. Cela dit, c’est une crise politique largement suscitée par le perdant du jour.

Des élections législatives ont en effet eu lieu en avril dernier et depuis, on attendait que le président irakien Massoum nomme son successeur. Presque 4 mois de tractations et de tensions pour une annonce qui s’est faite hier, par surprise.

Que s’est-il passé ? Il s’est passé que Nouri Al-Maliki a joué son va-tout lundi soir à la télévision nationale : il a carrément menacé en direct le président d’un coup de force si ce dernier ne le désignait pas dans les heures à venir.

Sauf que le placide président Massoum s’est rebellé, a pris son plus bel attaché-case de fonction le lendemain matin, c’est-à-dire hier, et en a sorti un parfait inconnu : Haidar Al-Abadi.Jj’imagine qu’il ne s’est pas rebellé tout seul dans son palais, le président ? Non ! C’est si vrai que dans les minutes qui ont suivi la nomination de M. Al-Abadi, les Américains faisaient savoir qu’il félicitaient le nouveau Premier ministre et qu’ils étaient impatient de travailler avec lui.

On imagine bien que les frappes américaines dans le nord du pays ont un prix politique. Un prix qui s’appelle donc Nouri Al-Maliki. Un Premier ministre qui était devenu un problème.

D’abord, il avait pris goût au pouvoir absolu. En 8 années, il a accumulé les fonctions de 1er ministre, de ministre le Défense, de l’Intérieur et de chef des forces armées.

Dans un pays en guerre, ce n’est pas totalement stupide. Sauf lorsque les forces de police sont incapable d’arrêter des vagues d’attentats qui font tous les jours des dizaines de morts, notamment dans les rues de Baghdad.

Et surtout lorsque les forces armées sont mises en déroute par des djihadistes nettement moins nombreux qu’elles, moins bien équipées et circulant en colonnes de pick-ups et non en char. Bref, l’échec de Nouri Al-Maliki devenait évident.

Il y a, en plus, des raisons politico-religieuses à cette disgrâce Oui, parce qu’à force d’autoritarisme et de paranoïa, Nouri Al-Maliki s’est totalement isolé du reste des forces politiques du pays. Or son parti, le Dawa, et sa coalition chiite, le bloc Etat de Droit, n’ont pas la majorité au Parlement.

Pour gouverner, il a besoin de s’allier avec d’autres chiites mais aussi des partis kurdes ou sunnites. Soutien qu’en 4 mois de tractations, il n’a pu obtenir. Une sorte de « tout sauf Maliki » s’est constitué en Irak mais aussi aux Etats-Unis.

Pire encore : il semble avoir perdu ses alliés iraniens. Pour faire rapide, l’Irak chiite a pour allié le régime chiite iranien voisin. Sauf que les Iraniens sont engagés dans la guerre civile syrienne et veulent la paix et le calme à leurs frontières.

Or Nouri Al-Maliki, c’est plutôt le bruit et la fureur. Surtout depuis que l’Etat islamique en Irak et au Levant a pris Mossoul en juin dernier et commencé une campagne militaire qui s’entend jusqu’en Syrie ou se trouvent… les Iraniens.

Bref, pour tout le monde dans la région mais aussi à Washington, il était urgent de tourner la page Al-Maliki. Ca tombe bien, le nouveau 1er ministre est une page toute blanches.

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