C’est l’une des plus vieilles leçons que l’on connaisse, les conseilleurs ne sont pas les payeurs – ou – si l’on préfère citer Weber, quand on n’a pas – ou plus – les leviers du pouvoir, on est dans l’éthique de la conviction et non dans celle de la responsabilité. L’actuel président de la République et chef des armées, François Hollande, se voit en ce moment critiqué pour son action sur le dossier syrien. Et celui qui est aussi le chef des armées de répliquer que la France est à la « recherche obstinée d'une solution politique en Syrie ». Ceux qui trouveraient ces propos peu martiaux auraient tort d’en conclure à une forme d’indifférence cynique. D’abord il n’est pas juste de dire que Paris ne fait rien. Les sanctions commerciales adoptées contre le régime syrien sont sévères, l’aide matérielle et logistique dépêchée sur place – à la frontière jordanienne en l’espèce – est conséquente, tout comme sont sérieuses les menaces de procès devant la justice internationale pour les hauts dignitaires syriens. Ensuite, la France est dotée d’un pouvoir d’impulsion et d’entraînement politique tout à fait important et reconnu dans le monde entier ; ce n’est pas un hasard si la conférence des Amis de la Syrie a réuni récemment à Paris plus de cent pays, dont de grandes puissances ainsi que des Etats de la ligue arabe. Evidemment, tout cela paraîtra insuffisant à tous ceux qui – choqués par l’atroce répression d’Assad et le désastre humanitaire créé par ce qui est devenu une vraie guerre civile – se souviennent du succès de l’intervention en Libye.

Justement, Frédéric, si les blocages diplomatiques se poursuivent, ou si des alliés traînent des pieds, la France ne pourrait-elle pas agir davantage comme elle le fit l’an passé en Libye, ou même faire cavalier seul, le cas échéant ?

On touche-là, Bruno, une question fondamentale pour un Etat tout à la fois puissamment allié et postcolonial comme la France. Une alliance aussi intégrée que l’OTAN présente de grands avantages mais également une faiblesse : pour intervenir militairement, il convient de s’assurer de l’accord de ses petits camarades, ou en tout cas des plus forts d’entre eux. Or pour l’heure, l’OTAN ne souhaite pas donner du canon en Syrie, risques d’embrasement majeur oblige. Constat analogue sur le plan diplomatique ; son siège ultra privilégié de membre permanent du Conseil de sécurité impose à Paris d’être responsable, autrement dit de rechercher le consensus ou, tout du moins, de jouer collectif. Par ailleurs, frapper seule la Syrie, un Etat dominé par la France coloniale dans les années 1920 et 1930, ne serait pas du meilleur effet dans la région. Et puis on rappellera que la dernière expédition politico-militaire française solitaire, celle menée au Rwanda dans les années 1990, s’était conclue par un échec cuisant, et le mot est faible… Enfin, pour en revenir à l’exemple libyen que vous évoquiez à juste titre, Bruno ; Nicolas Sarkozy avait certes réussi un authentique tour de force en faisant plier Moscou et Pékin sur la nécessité d’une intervention de l’OTAN contre le très répressif Kadhafi. Mais cet exploit diplomatique n’avait d’intérêt que parce que la France interviendrait aux côtés d’autres nations. Franchement, hors du tandem parfait avec nos amis britanniques et sans le soutien logistique massif des Américains, jamais la France n’aurait lancé ses Rafale contre les chars libyens, c’est là une certitude ! Bref ; devant l’intransigeance russe, face à un régime militariste contrôlant encore son territoire, et au regard de la poudrière régionale, la France peut hélas difficilement faire mieux que ce qu’elle fait déjà à l’heure actuelle…

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