Direction ce matin la Tunisie, dans un contexte de crise politique aiguë, cette journée n’est pas tout à fait comme les autres …

Et non, puisqu’aujourd’hui, les femmes tunisiennes sont à l’honneur, ou du moins devraient l’être …il s’agit du 57e anniversaire de la journée nationale de la femme, en Tunisie.

Cette date est historique, car elle correspond à la création de toute l’identité nationale tunisienne ;

Le 13 août 1956, peu après l’indépendance, le nationaliste Habib Bourguiba n’est encore que Premier ministre quand il fait rédiger le Code sur le Statut Personnel. La modernisation est en marche… Ce code confère au peuple des libertés et droits nouveaux.

La situation devient inédite voire révolutionnaire pour les femmes : on leur donne le droit de se marier avec leur consentement, mais aussi de divorcer et de ne pas subir la polygamie, puisqu’elle est interdite. Et sur le plan citoyen, elles obtiennent le droit de vote, 12 ans seulement après les Françaises.

L’égalité des sexes s’impose donc très tôt, dans un pays arabe, marqué par son avant-garde. Depuis, le Code n’a jamais été remis en question, Bourguiba puis Ben Ali ont œuvré dans le sens de l’émancipation des femmes, et ce, à rebours de leurs homologues voisins.

Voilà pour la cadre, si l'on revient à l’actualité, les troubles politiques en ce moment ne facilitent pas le ralliement qu'une fête nationale implique…

C’est vrai mais justement, il est possible qu’un jour de commémoration en cache un autre, et ce, dès l’année prochaine…

Expliquons nous … Le contexte national est extrêmement tendu. Et oui, depuis fin juillet, les manifestations se multiplient contre le gouvernement islamiste d’Ennahdha. Tous les jours dans la presse, on annonce que le pouvoir pourrait tomber. L’extrémisme de certains groupes djihadistes le discréditent, surtout depuis un mois. Et même si Ennahdha tente de calmer les choses, l’absence de constitution n’est plus tolérable pour les citoyens tunisiens.

C’est pour cette raison et dans le cadre la journée nationale de la femme, que des dizaines de milliers de manifestants sont attendus aujourd’hui, sur la place du Bardo, QG de l’opposition.

Certains Tunisiens sont persuadés que la journée des femmes 2013, devrait signer la fin du régime islamiste.

Et est-ce qu’associer révolution et combat des femmes ne pourrait pas justement nuire à leur combat ?

Disons que l’association des femmes au mouvement de protestation n’est pas illogique, et l’opposition a bien conscience que leur cause est très politique; déjà l’année dernière, le pays s’est divisé à propos du projet de Constitution ; au sein duquel rappelons-le, les femmes devaient passer du statut d’égales, à celui de « compléments » des hommes !

Heureusement face au tollé général, enfin, surtout celui des femmes… la proposition a été retirée. Pour tolérer une telle régression, seules les traditionalistes disent oui, toujours réfugiées dans le conservatisme religieux de leur mari. Ces Tunisiennes existent mais ne sont pas visibles, elles vivent souvent à la campagne.

Elles ne représentent pas non plus toutes les femmes voilées, car si le voile rime la plupart du temps avec obscurantisme, il arrive parfois que certaines luttent pour leurs droits. De même, on ne peut pas simplifier le paysage féminin tunisien par une opposition systématique entre Amina, la femen et les porteuses de Niqab ! Oui la société tunisienne se partage entre traditions et modernisme, oui les salafistes leur font peur, mais plusieurs profils de femmes existent et vivent différemment cette transition politique.

Et elles ont eu un rôle déterminant pendant la Révolution…

Absolument, au moment du Printemps arabe les femmes se sont battues contre le régime de Ben Ali, et pour certaines, le droit de porter le voile est une liberté en plus. Les islamistes, il faut bien le dire, ont su retenir cet argument pour s’imposer mais sans pour autant, toucher à la législation. En tous cas, aujourd’hui, avenue Bourguiba, elles manifestent, elles aussi, pour les droits des femmes, mais à la mode Ennahdha.

Ainsi, même si deux camps s’opposent et que l’islamisme menace, une chose apparaît clairement : en ce moment, la politisation des femmes tunisiennes progresse, la Révolution peut donc continuer.

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