Anthony Bellanger

Après 3 jours et 2 nuits d’émeutes, un calme précaire semble être revenu dans le Missouri

Très précaire même tant la situation est volatile. Rappelons l’origine de ces émeutes : le meurtre dimanche dernier d’un jeune noir de 18 ans par un policier vraisemblablement blanc dans les faubourgs de St Louis.

Le jeune homme s’appelait Michael Brown, il venait à peine d’avoir l’équivalent du Bac et, selon la police, suite à une altercation, le coup de feu mortel aurait été tiré depuis le véhicule de police. Une version déjà contestée par des témoins.

Immédiatement après le décès du jeune homme, les émeutes ont commencé. On pourrait presque dire dans la plus pure tradition des émeutes raciales américaines, de Los Angeles à Detroit et passant par le sud ségrégationniste des Etats-Unis.

Pourtant la ségrégation semble être de l’histoire ancienne…

Sur le papier oui. Mais dans les faits, pas vraiment. Il suffit de jeter un œil sur quelques chiffres de cet Etat, le Missouri, et de cette ville, St Louis. A Saint Louis, la moitié des 300 000 habitants sont Noirs.

Et pourtant le maire est blanc, comme le sont cinq des six élus municipaux. La Commission scolaire de St Louis est composée de 7 membres : 6 blancs et un hispanique. Le chef de la police locale est blanc, lui aussi.

Et dans le quartier de Fergusson, où les émeutes se sont concentrées et où 70% de la population est noire, on ne compte que 3 policiers noirs sur 53. Fergusson qui, par ailleurs, compte 2 fois plus de pauvres que la moyenne américaine.

Mais comment ces inégalités ont-elles pu perdurer ?

Tout est question de stratégie et les Blancs de Saint Louis en ont adopté une très efficace. Jusqu’à la fin des années 40 du siècle dernier, les Noirs n’avaient pas droit de vivre dans certains quartiers de la ville.

A partir de 1948, cette ségrégation a été déclarée illégale. Qu’ont fait les blancs pour la maintenir coûte que coûte ? Ils ont fui le centre-ville pour les banlieues en copropriété. Avec règlements intérieurs interdisant les immeubles par exemple.

Un peu le même genre de stratégie qu’on voit fleurir dans les beaux quartiers en France contre les HLM. C’est très efficace. Si on reprend le cas de Fergusson, dans les années 80, il y avait 85% de Blancs. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 30%.

Et l’élection d’un président noir n’a rien changé ?

Symboliquement oui, bien sûr. Mais les stratégies d’évitement des Blancs du sud des Etats-Unis ont la peau dure ! D’autant que, pour beaucoup d’Américains, Barack Obama n’est pas noir. Il est métis, il appartient à la « Brown America ».

Cette Amérique qui ne se définit comme ni noire ni blanche et qui coche la case « mélangé » lors des recensements. De plus, il est fils d’immigré africain. Donc, stricto sensu, il n’a pas de lien familial avec l’histoire des Noirs et l’esclavage.

Cet héritage là, il le raconte lui-même dans son autobiographie, c’est de l’acquis et pas de l’inné. Et c’est grâce à son épouse, Michelle, qu’il a pu faire la connexion avec cette partie de l’histoire américaine.

Enfin, dernier élément, malgré les programmes de discrimination positive, dans les écoles et les services publics notamment, les Noirs forment toujours aujourd’hui la minorité ethnique la plus pauvre aux Etats-Unis.

Plus pauvres que les derniers arrivés : les Latinos. Les Latinos qui d’ailleurs les ont dépassés en nombre : ils représentent près 17% des Américains contre un peu plus de 15% pour les Noirs qui, même démographiquement, sont marginalisés.

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