Cap sur le Mali aujourd’hui, le second tour de la présidentielle s’achève, on attend toujours les résultats officiels mais le suspense semble déjà dissipé ...

Depuis lundi, on parle en effet, de la victoire d’Ibrahim Boubacar Keita, IBK…

« L’homme qui n’a qu’une parole » selon ses partisans, n’en est pas à son coup d’essai. Ancien premier ministre, il a brigué l’élection de 2012 avant le coup d’Etat militaire. En tous cas, après le dépouillement de seulement deux tiers des votes, son adversaire lui reconnaît la victoire.

Alors félicitons nous, car mises à part quelques suspicions habituelles de fraudes, aucun débordement pressenti par les autorités, n’a finalement eu lieu.

Les craintes se portaient surtout vers le Nord Mali, fief des rebellions touarègues depuis l’indépendance du pays.

Le contexte y est plus que tendu depuis 18 mois, le soulèvement touareg a généré un coup d’Etat à Bamako, et a bien failli faire sauter le pays... Il faut bien l’avouer, sans l’intervention française, le Mali serait aujourd'hui à feu et à sang.

Ces élections étaient donc risquées, car la stabilité est encore précaire, et c’est précisément dans la ville de Kidal, que les autorités ont craint des débordements.

Mais pourquoi Kidal serait plus problématique que les autres villes du Nord ?

Eh bien, car Kidal, est aujourd'hui le bastion des séparatistes du MNLA : le mouvement national pour la libération de l’Azawad.

L'Azawad, en arabe : pâturage, est une région du Nord-Mali reliant Kidal à deux autres villes : Tombouctou à l’Ouest et Gao au sud. C’est une zone sensible, principal terrain du conflit qui vient de s’achever.

Mais à Kidal, comme partout dans la région, il n’y a pas que des Touaregs à « peaux claires », il y a aussi des Maliens noirs qui soutiennent le gouvernement en place ; et ces deux communautés se tolèrent difficilement.

A l’origine, en 2006, des accords ont été conclus entre les Touaregs et Bamako. Leur but : permettre le développement de l’Azawad. Face à l’absence d’avancées, les Touaregs ont décidé de se soulever l’année dernière. Mais leur alliance, même temporaire, avec AQMI, les a précipités dans une voie encore plus extrémiste.

C’est pour cette raison, que les Casques Bleus encore présents au Mali (mission Minusma), surveillent la ville de Kidal, et surtout les bureaux de vote, depuis fin juillet.

Et l’on connaît les succès de l’intervention, mais aujourd’hui le conflit n’est-il pas censé être derrière eux?

Et bien si, et la tenue de ces élections le prouvent, mais les Touaregs restent très méfiants. Et ce, même si la résolution du conflit malien a abouti à un accord avec l’Etat, en juin dernier.

Dans ce cadre, les djihadistes ont été expulsés… Enfin, on l'espère… Alors que les Touaregs sont restés. Le MNLA est cantonné dans la ville de Kidal où son existence est reconnue comme légitime par les autorités. En échange, ses membres ont accepté la tenue des élections présidentielles.

D’ailleurs, IBK s’est déplacé plusieurs fois dans l’Azawad, pendant sa campagne, conscient de l’enjeu et des réticences de la population. Car le MNLA a quand même appelé à boycotter les élections et quelques manifestations ont eu lieu. Et non, rien n'y fait, la plupart des Touaregs ne se considèrent pas comme Maliens.

Mais finalement, aucune réelle entrave au scrutin n'a eu lieu…

Dans les faits, non, très peu d’incidents se sont produits... Alors oui, peu de cartes d’électeurs ont été distribuées et l’abstention a été bien plus forte qu’ailleurs, mais le pire a été évité.

Surtout que les Touaregs ne sont pas hostiles à IBK, pour eux, il n’a jamais porté tort à l’Azawad, il est allé les voir malgré les risques... Ce n’est donc pas le pire des interlocuteurs.

Après, le nouveau Président a deux défis de taille à relever : écarter l'influence des djihadistes d'AQMI et traiter pacifiquement avec les rebelles touaregs... Sous peine d'une nouvelle révolution. De leur côté, les rebelles réclament un statut autonome avec une gouvernance acceptable.

Sur le sujet, IBK a annoncé une ouverture très rapide des pourparlers avec l’ensemble des peuples du Nord Mali.

Ainsi, les Touaregs pourront patienter encore un peu …C’est vrai qu'ils n’attendent leur autonomie finalement que depuis… 1960 !

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