Anthony Bellanger

Au Brésil, la mort dans un accident d’avion d’un des 3 principaux candidats à la présidentielle d’octobre prochain bouleverse le pays Il s’appelait Eduardo Campos, avait 49 ans était père de 5 enfants dont un bébé de quelques mois et il est donc décédé hier dans l’accident de son jet privé qui s’est écrasé dans la ville côtière de Santos alors qu’il revenait d’un meeting.Eduardo Santos était crédité de 8 à 10% au premier tour de la présidentielle du 5 octobre prochain, contre environ 36% pour Dilma Rousseff, la présidente sortante, et 20% pour l’autre grand candidat, le sénateur Neves.

3 jours de deuil national ont été décrétés par la présidente qui connaissait très bien la victime puisqu’il avait, comme elle, été ministre sous le mandat de Lula. C’est d'ailleurs un des paradoxes de la future élection présidentielle.

Les 3 principaux candidats et d’une façon générale, les partis qui peuvent aspirer à diriger le pays, sont tous situés à gauche ou au centre-gauche. C’est donc le parti socialiste brésilien qui perd son candidat et le parti des travailleurs qui le pleure.Mais que sont devenus les conservateurs et la droite libérale ? Ils ont disparu du paysage politique « sérieux » pour mieux se replier dans la politique locale et régionale ou se fondre dans des partis moins marqués à droite. Comme celui du sénateur Neves qui est social-démocrate teinté de catholicisme.

En fait, il s’est passé deux choses : d’une part, la droite conservatrice traditionnelle reste associée au Brésil a la dictature militaire qui a duré 20 ans jusqu’en 1985. Mauvais départ mais pas insurmontable.

Non le coup de grâce est venu avec la crise économique épouvantable de 1999. Une crise largement associée au néolibéralisme qui régnait en maître à cette époque au Brésil comme sur toute l’Amérique du Sud.Cette marginalisation des conservateurs est donc commune à tout le continent ? Oui presque partout. La gauche a remporté à la loyale les élections.Au Brésil, donc, mais aussi en Argentine, au Chili, en Uruguay, en Equateur, en Bolivie et évidemment dans une version caricaturale, au Venezuela.Et lorsque la droite s’est maintenue, elle l’a fait avec des habits neufs de la sociale démocratie ou en flirtant avec des thèmes de gauche, comme la redistribution des richesses ou les programmes sociaux à l'attention des plus pauvres.La Colombie, par exemple, qui n’a jamais eu dans l’histoire récente de gouvernements de gauche mais dont l’actuel président Santos discute de paix avec la guérilla marxiste des FARC et inaugure à tour de bras des HLM.Et l’Eglise catholique dans tout cela ? On peut dire qu’elle a beaucoup perdu dans cette affaire. La condamnation dans les années 80 de la théologie de la libération par le Vatican, a définitivement rejeté l’Eglise catholique dans le camp des conservateurs.Du coup, vingt ans plus tard, et malgré l’élection trop récente d’un pape argentin et « sensible aux pauvres », elle perd bataille après bataille. Les uns après les autres, les pays d’Amérique latine adoptent par exemple le mariage gay.Et même le débat sur l’avortement ou les drogues fait sont chemin, en commençant – comme souvent – par l’Uruguay qui vient de légaliser les deux Bref, si les socialistes français veulent se consoler, je leur conseille des vacances sud-américaines.

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