Aujourd'hui le procès d'Hosni Moubarak va s'ouvrir au Caire. Pour plusieurs raisons, il s'agit d'un événement très important.

Avant tout, le procès d'un dictateur n'est jamais chose anodine. Il signifie que les puissants, notamment ceux qui ont imposé aux autres leur volonté, n'échappent pas tous à la justice des hommes, y compris des modestes. Dans le cas Moubarak, l'intéressant est qu'il s'agit d'un homme fort tout juste déchu par la rue, et non dans une révolution de palais face à un général plus habile. Dans bien des pays on a jugé a postériori des despotes longtemps après leur chute, et parfois dans leur exil. En Egypte, il y a 8 mois encore, le raïs disposait du pouvoir quasi absolu.

Ensuite, le procès d'un ancien tyran indique à ses ex homologues qu'un même sort pourrait bien les attendre. Dans la région, la bourrasque du printemps arabe n'a pas encore fait chuter tous ceux d'Hosni Moubarak, loin de là.

Enfin, il est encore moins banal de voir juger un homme par un régime politique qu'il a dirigé… et qui n'a pas changé ! Quand Pétain le Français, Videla l'Argentin, Honecker l'Est-allemand, Jaruselski le Polonais sont jugés, ils le sont par des juridictions nouvelles, servant en l'occurrence un régime démocratique. Mais le régime égyptien, au jour d'aujourd'hui, est toujours celui de 1952 ; nationaliste et républicain à dominante militaire.

Le régime n'a pas changé. Les hommes qui jugent Moubarak sont à peu près les mêmes qui lui ont obéi 30 ans durant

Force est de reconnaître qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Car lorsqu'un pouvoir politique chute, le pouvoir qui lui succède a besoin de faire fonctionner l'Etat, au moins a minima. Or on ne créé pas d'un coup de baguette un système judiciaire performant, un corps de hauts fonctionnaires fidèles, ou un corps d'officiers supérieurs loyal. Les purges existent, certes, mais elles épargnent en général de quoi maintenir un noyau de compétences plus ou moins fidèle.

Dans le cas égyptien, non seulement les juges sont à quelques exceptions les mêmes que naguère, mais les généraux qui permettent ce procès étaient tous des hommes de Moubarak.

Que va-t-on juger, que reproche-t-on à Hosni Moubarak ?

Comme pour le procès Ben Ali, plusieurs dizaines de chefs d'inculpation retenus contre l'accusé concernent des faits de corruption. Tout accusé étant innocent tant qu'il n'a pas été déclaré coupable, on ne sonnera pas ici l'hallali. Néanmoins, voilà les faits reprochés ne semblent pas délirants ; pourcentage sur la vente des barils de brut, ponctions sur les rentes du trafic du canal de Suez, sur l'exportation du coton, les prébendes et la prévarication… Les avocats du prévenu auront fort à faire pour écarter ses accusations, et celui-ci devra expliquer le véritable trésor en bijoux et billets de banque retrouvés dans les luxueux domaines familiaux.

Question : qui a permis cela, trente ans durant ? Réponse : tout le monde. C'est-à-dire les élites égyptiennes ayant « croqué » du système : marchands d'armes, directeurs de grands médias, diplomates, banquiers et généraux. Qui jugera-t-on aux côtés de Moubarak ? Personne - ou presque - excepté les membres de sa famille.

Mais Moubarak sera aussi et surtout jugé pour la mort de plus de 850 manifestants, lors de la répression de janvier et février derniers. Voilà un reproche autrement plus grave, mais que l'accusé sera - là encore - pratiquement seul à assumer. Policiers, militaires, agents de renseignement, nervis, gardiens de prison, juges, procureurs… se tiendront-il eux aussi sur la sellette ? Non bien sûr.

Reste à attendre les débats et le verdict, si verdict il y a. On a vu bien des procès s'achevant prématurément avec le départ naturel de l'accusé pour un monde meilleur, notamment quand son âge est vénérable et sa santé fragile…

Dans tous les cas, l'important, c'est la pédagogie du procès. On ne peut pas toujours régner par la force impunément.

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