Les dernières 48 heures ont été plus qu’explosives en Egypte, la population se retrouve au cœur d’une véritable guerre civile…

Absolument et pour les Coptes d’Egypte, la fête chrétienne de l’Assomption, aujourd'hui 15 août, aura une teinte toute particulière cette année.

Comme le reste de la population égyptienne, cette communauté chrétienne est perdue dans la crise politique et sociale qui bouleverse le pays.

Parce qu’il faut bien le dire, depuis deux jours, le Caire explose. L’Etat d’urgence a été décrété. Le vice-président a démissionné. Et les provinces égyptiennes commencent à brûler.

L’ensemble de la population est en train de subir les outrances d’une Révolution en cours.

Car oui, c’est bien du processus révolutionnaire dont il s’agit encore ; et par expérience, on sait bien qu’une révolution peut être longue, sanglante et pas forcément très démocratique.

Donc le printemps égyptien ne serait pas terminé ?

Il semblerait que non, la révolution en Egypte dure depuis plus de deux ans. Les violences sont quasi quotidiennes et la population n’arrive pas à faire confiance à ses représentants.

Preuve en est, après la chute de Moubarak, celle de Morsi a remis en question le processus démocratique engagé. Les frères musulmans qui le soutiennent n’en démordent pas : l’armée ne peut pas garder le pouvoir qu’elle a pris illégalement.

Les militaires ont mis en place un gouvernement provisoire chargé de gérer le pays jusqu’aux prochaines élections, même si c'est à coups de bulldozers blindés.

Le gérer signifie le protéger coûte que coûte, contre l’extrémisme religieux des frères ; qui sont quand même parvenus à imposer la charia et à dresser les Egyptiens contre l’Occident.

Mais loin des Occidentaux, les Egyptiens se livrent, aujourd’hui, entre eux, une bataille sanglante.

Est-cequ'on peut réduire ce champ de bataille à une opposition entre Pro et Anti Morsi ?

Leur opposition constitue, c’est vrai, le nerf de la guerre ; mais pour devenir civile, cette guerre fait intervenir d’autres acteurs qui dépassent le clivage lui-même.

Revenons justement sur ce clivage : Les pro-Morsi très organisés, manifestent depuis des semaines dans les rues du Caire, ils ont investi deux places de la capitale. Le gouvernement a laissé faire mais après les festivités de l’Aïd, lundi, il a demandé l'évacuation des sit-in, pour éviter une confrontation qui tournerait, je cite, au « bain de sang ».

Or le camp des Frères a résisté par le nombre.

Leur force c’est qu’ils s'organisent vite et bien, la force de l’armée c’est qu’elle a des snipers. Donc résultat : des évacuations sanglantes et un pays à feu et à sang depuis hier. Au total : plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés, surtout dans le camp des Frères.

Mais les dommages sont aussi collatéraux. Précisons que la majorité de la population est opposée à l’action des Frères musulmans, d'autres islamistes comme les Salafistes d'Al Nour ont d’ailleurs soutenu la chute de Morsi.

Les habitants du Caire se mêlent aussi au conflit. Fatigués par les sit-in et les protestations des Pro Morsi, les mots fusent : les Frères sont traités de terroristes, et les autres de mécréants. La tentation de transformer cette crise en guerre de religion existe bel et bien.

Et certains partisans des Frères musulmans s’en prendraient apparemment aussi aux chrétiens ?

Oui les Coptes subissent une violente répression, histoire de bien montrer au monde entier que le conflit a des enjeux confessionnels.

Au Caire comme dans toute l'Egypte ; des églises sont brûlées, des maisons pillées, des familles expulsées, le message des RFrères est clair : les dix millions de Coptes égyptiens n’ont plus rien à faire sur le territoire. Ils sont même allés jusqu’à hisser les drapeaux d’Al Qaïda sur les clochers de leurs Eglises, c’est dire.

Alors pourquoi tant de haine ? Parce que les Coptes ont soutenu la prise de pouvoir de l’armée contre Morsi, pour une raison assez simple : la Charia ne les a guère avantagés depuis un an.

Ainsi, face au marasme, la vague révolutionnaire s'intensifie, l'incapacité des Egyptiens à choisir collectivement des gouvernants, fait partie d'un apprentissage démocratique encore fragile ; des groupes s'opposent et des marqueurs politiques ou religieux se confrontent, reste à savoir si l'armée parviendra à unir toutes ces parties, sans plus commettre de bain de sang.

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