Aujourd’hui, nous évoquons la question du terrorisme, à commencer par les controverses attachées à ce terme.

Parmi les mots qui font débat, autour desquels on polémique le plus souvent, il y a le terrorisme. Le terrorisme, c’est un peu comme la mort, la maladie ou les impôts, tout le monde est contre et le terroriste est forcément méchant. D’ailleurs, personne au monde ne se qualifie de terroriste, mais bien plutôt de résistant. Mais sorti de cet unanimisme bien compréhensible, quelle définition donner à ces terme ? Qui terrorise, qui résiste ?

Figurez-vous, que l’ONU s’est sérieusement penchée sur la question, sans succès. En 2005 et 2006, lors des dernières tentatives en date pour réformer l’institution internationale, deux camps assez distincts se sont affrontés sur la sémantique à adopter.

Le nord, les démocraties occidentales pour faire simple, a défendu la définition traditionnelle qui s’appuie sur la nature des victimes. Le résistant et le terroriste font certes usage de la violence pour des raisons philosophiques, idéologiques ou religieuses, mais tandis que le résistant borne ses attaques à des cibles armées, le terroriste frappe indistinctement civils et militaires. Ainsi la nature de la cible, bien plus que le contexte dans lequel on la vise, est le critère distinctif tout à fait fondamental.

Le Sud, c'est-à-dire le monde arabe, l’Afrique subsaharienne ainsi que plusieurs émergents, a au contraire opté pour une définition contextuelle. Le terroriste ne sera pas qualifié comme tel s’il agit dans un contexte d’oppression, quelle que soit le nombre et le statut de ses victimes. Et d’affirmer que même les Résistants français étaient qualifiés de terroristes par les nazis.

Le problème de ce second postulat – prédominant dans des Etats autoritaires – c’est d’une part qu’on peut élargir à l’infini le concept d’oppression (sociale, politique, psychologique, pourquoi pas ? ), et d’autre part que les victimes ne sont pas prises en considération. Car si la nature non la nature de l’acte de celui qui tue comme « résistant », alors ses victimes civiles – hommes, femmes, enfants – deviennent quelque part un peu coupables. Difficilement admissible sur le moral et intellectuel. A cet égard, les Résistants français ne frappaient que les soldats allemands et non les familles des officiers présentes sur le sol national.

Est-ce que l’enjeu de cette lutte sémantique est si fondamental que cela sur le plan géopolitique ?

Selon qu’un individu, un groupe armé voire un Etat sera qualifié de résistant ou de terroriste, il se verra soutenu ou combattu. Dans l’enceinte des Nations unies, auprès des chancelleries et vis-à-vis de l’opinion, il sera légitime et courageux dans un cas, illégitime et lâche dans l’autre.

On a vu les conséquences pratiques de cette controverse durant la décennie 2000 notamment, avec le concept américain de « guerre globale au terrorisme » initiée par George W. Bush contre l’islamisme radical. Des groupes – Al Qaïda en particulier –, ainsi que des Etats, les rogue states, Etats-voyous, ont ainsi été accusés de protéger voire de pratiquer le terrorisme. Avec tout de même au moins deux guerres à la clé.

Justement, n’y a-t-il pas parfois exagération du phénomène terroriste ?

Le terrorisme obnubile mais tue beaucoup moins que les guerres « classiques », c’est incontestable. Par ailleurs, nombre de régimes – en général autoritaires – sont tentés d’en rajouter, afin de mieux écraser la contestation interne, et certains ont trouvé « leur » Al Qaïda locale et « leur » 11-Septembre bien à eux. Enfin, si le terrorisme de ces deux dernières décennies est surtout le fruit de l’islamisme radical, ce fanatisme dévoyant l’islam n’en a pas l’apanage. Sans remonter à Sénèque quoi déjà, au Ier siècle, dénonçait le phénomène, les XIXe et XXe siècles ont connu les terrorismes brun du fascisme, rouge du léninisme, noir du nihilisme.

Cela dit, cette pratique demeure objectivement un fléau non seulement meurtrier mais politiquement dangereux. Personne ne souhaite vivre dans la peur constante de la bombe ou du couteau. Or comme le disait Paul Valéry, « deux périls menacent le monde : l’ordre et le désordre ». Si on laisse le désordre terroriste l’emporter en démocratie, l’ordre – un ordre noir – se proposera à nous.

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