Il fallait que l’affaire fût bien grave pour que le Président de la République française reçoive un 15 août à Brégançon une délégation d’un collectif citoyen.

Il ne s’agissait en l’occurrence hier ni de l’Afghanistan, ni de la Syrie et pas davantage de sécurité de l’emploi, de sécurité routière ou de sécurité tout court. On a parlé gaz de schiste. De quoi s’agit-il ? Le gaz de schiste fait partie de ces hydrocarbures contenus dans des roches sédimentaires argileuses, enfouies assez loin sous terre, parfois à 2 ou même 3 km de profondeur, à la fois imperméables et compactes. Si l’exploitation de ce type de gaz fait débat, c’est qu’il est considéré comme non conventionnel ; en quelque sorte piégé dans la roche, il ne peut être extrait de la même façon que le gaz naturel conventionnel, situé lui dans les roches plus perméables. Il faut en effet forer à l’horizontale et mener ce qu’on appelle une fracturation hydraulique des roches profondes, avec notamment la projection de grandes quantités d’eau. Ensuite, un tube d’acier permet de faire remonter la précieuse ressource vers un gazoduc. « Fracturation », « roche mère », « non conventionnel » ; tous ces termes font peur et, même si on est très loin d’avoir épuisé le débat sur les bienfaits ou les méfaits de l’exploitation du gaz de schiste, ses opposants – et notamment les milieux écologistes – ont déjà lancé une grande offensive pour son interdiction totale.

Mais alors au final, Frédéric, deux questions : le gaz de schiste, est-ce que c’est polluant ou pas ? Et surtout pourquoi la controverse prend-elle autant d’ampleur ?

Le problème est toujours le même, Bruno : tant qu’on n’a pas sérieusement, scientifiquement testé le procédé d’exploitation, tant qu’on n’a pas pris le temps, la peine et les moyens d’en évaluer le caractère dangereux ou inoffensif, on parle dans le vide. Et s’il s’avère après enquête technique fouillée que l’exploitation des gaz de schiste nuit à l’environnement d’une façon ou d’une autre, on pourra toujours geler la technique actuelle en attendant que les ingénieurs l’améliorent ou en inventent une autre, plus propre. En France, ce ne sont tout de même ni les entreprises spécialisées ni les ingénieurs qui manquent !

Concernant à présent votre deuxième question, Bruno ; pourquoi cette controverse ? Et bien parce qu’il s’agit ni plus ni moins d’économiser à terme au moins 10 milliards d’Euros annuels tout en offrant des emplois locaux et en réduisant notre dépendance énergétique. 10 MM d’€, c’est ce que coûte chaque année nos importations de gaz naturel en provenance d’Algérie, de Norvège ou encore de Russie. Par les temps qui courent, on comprend mieux la réticence du président et du gouvernement de renoncer trop vite au gaz de schiste... Pour l’heure, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé que la technique dite de fracturation restait interdite – c’est le Parlement qui en avait décidé ainsi en 2011 – sachant qu’à la rentrée se tiendra une grande conférence environnementale sur la transition énergétique. Espérons qu’on y parlera alors sereinement du type d’exploitation en cause, d’abord en jetant un œil sur nos amis canadiens et américains qui, eux, produisent déjà l’équivalent de 12% de leur consommation totale de gaz via les schistes ; ensuite en méditant cette évaluation d’experts selon laquelle les gaz de schiste pourraient représenter quatre fois les quantités de gaz naturel présentes sur la planète !

Après, si l’on n’en veut vraiment pas et à aucun prix, il nous restera le bon vieux pétrole et l’inusable charbon façon Emile Zola, et là, au moins, dans les deux cas, pas besoin d’enquête parce qu’on en est déjà sûrs : ça pollue !

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