Hier, toute notre attention était portée sur la crise égyptienne, mais en Asie, des tensions anciennes semblent revoir le jour...

On a célébré hier au Japon, l’anniversaire de la capitulation du pays dans la seconde guerre mondiale.

Alors, vous me direz, drôle d'idée que de fêter une capitulation...

Oui mais au Japon, cette date a un sens particulier, elle fait référence à l'acceptation de la défaite par l'empereur Hirohito : dans la guerre du Pacifique avec les Etats-Unis et dans le conflit mené en Chine depuis plus de dix ans.

Les Etats-Unis sont devenus depuis, leurs grands amis, alors que les Chinois demeurent les pires ennemis.

Pourtant, pour accepter la capitulation, les deux bombes nucléaires américaines ont été décisives. Le Japon a voulu sortir le plus dignement possible du conflit…

Alors ce jour-là, son histoire a changé, c'est la rupture définitive avec sa politique impérialiste. Désormais le pacifisme prévaudra.

C'est donc le sens de cette commémoration finalement : réaffirmer le pacifisme japonais ?

Depuis des années, le Japon exprime ce jour-là ses regrets à l'Asie pour les horreurs perpétrées pendant la guerre, c'est donc plutôt une sorte d'auto-sanction mémorielle. Mais qui est devenue une tradition et un message diplomatique porteur de paix.

Or cette année, changement de ton notable, le spectre militariste semble revenir.

Aucune excuse n'a été formulée aux populations victimes et surtout, le même jour, le gouvernement a fait honneur au sanctuaire des soldats japonais tombés pendant la seconde guerre mondiale.

Le symbole est fort et ce geste n'a pas plu, notamment à la Chine ; principale victime du Japon, mais aujourd'hui, deuxième puissance économique du monde, devant lui justement !

Leur inimitié est à la fois ancienne et très actuelle. Et en ce moment, dans le Pacifique, ces deux états mettent la Mer de Chine sous tension ; chacun revendique la paternité d'îles au statut compliqué, mais qui sont surtout très riches en pétrole. Le Japon les a nationalisés en septembre dernier, ce que la Chine n'a pas toléré.

Mais pourquoi le Japon multiplie-t-il les attaques vis-à-vis de la Chine ces derniers temps, quel message adresse-t-il aux Chinois ?

Disons qu'avec sa perte de leadership économique, la catastrophe de Fukushima et une certaine instabilité politique ces dernières années, le Japon a besoin de réaffirmer sa puissance... Envers la Chine, mais aussi envers le monde entier, y compris les Etats-Unis, son grand allié. Mais surtout son bras armé.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la démilitarisation est une sanction inscrite dans la constitution japonaise. Et les Etats-Unis assurent depuis, la sécurité de l'archipel. En échange, il leur sert de porte avion en Asie.

Leur relation se porte donc bien, mais concernant la menace chinoise, les Américains ne donnent pas de garantie suffisante aux Japonais sur leur intervention en cas de crise.

Alors le nouveau gouvernement japonais est en train de changer de stratégie.

Et c'est l'actuel premier ministre qui est à l'origine de cette politique plus incisive?

Shinzo Abe, dit le « faucon », est en effet un ultra nationaliste. Réélu 1er ministre en décembre, il a un objectif : replacer le Japon au centre de l'échiquier international, avec une relance de l'économie notamment.

Les Etats-Unis ont permis aux Japonais de développer leur puissance industrielle mais depuis 30 ans, la concurrence en Asie est rude.

En plus, l'incident de Fukushima a rendu le pays dépendant en énergies fossiles étrangères, car la production électrique issue du nucléaire a quasiment été suspendue (à la demande du peuple japonais). Mais Shinzo Abe veut rompre avec la dépendance, qu’elle soit énergétique ou militaire d'ailleurs.

Il a même évoqué l’amendement de la constitution pour permettre au Japon de réarmer ; la question est en débat mais certains signes ne trompent pas; le budget militaire augmente et les Nippons viennent d’inaugurer un porte-hélicoptère, le plus gros navire construit depuis la guerre ; ils ont aussi ouvert une base militaire permanente au large de la Somalie pour protéger soit disant les pavillons japonais des pirates. Une première depuis 1945. Un signe fort de remilitarisation.

Ce changement de bord pourrait donc continuer de déstabiliser les relations avec la Chine. Quant à l’allié américain, il devra user de tact pour gérer les ardeurs du « faucon », qui compte bien sur un « nouveau Japon » pour voler de ses propres ailes.

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