Ce matin, nous vous parlons des frontières. Les frontières de façon générale, en faveur desquelles nous plaidons.

Dans l’esprit de nos concitoyens européens – en particulier à l’ouest du continent – on se représente la frontière comme une sorte de balafre un peu honteuse, tout juste utile à entraver le libre passage des hommes. Surtout, elle serait le fruit amer des rivalités politiques et de guerres plus ou moins meurtrières. Or, comme l’esprit du temps – du moins veut-on le croire – est à la transparence, à l’ouverture et à la tolérance tous azimuts, haro sur le baudet. Et d’encourager le reste du monde à devenir enfin mature, puisque nous autres Européens y sommes bien parvenus. Or, une frontière n’est pas un front, et n’a pas vocation à être fermée. Rares sont les frontières sur la planète à entraver le passage des hommes et des biens, et moins encore – avec Internet – celui des idées. Une politique de limitation de l’immigration, un système corrompu, ou un état de tension géopolitique peuvent expliquer des tracasseries. Mais lorsqu’il y a obstruction, on a affaire soit à une dictature, soit à un état de guerre. Dans les deux cas, le problème, c’est la dictature et la guerre, et non la frontière comme instrument ou illustration d’un phénomène.

Cela dit, bien des frontières ont tout de même été le résultat de rivalités entre peuples, tribus ou Etats.

Allons plus loin : dans la plupart des cas, la frontière est le fruit d’un rapport de force. Mais comme chaque résultat de toute négociation. Certes, le rapport de force a parfois été violent, prenant la forme d’un conflit armé, pas mais toujours, tant s’en faut. Et lorsque tel fut le cas, le vaincu – et le vainqueur insatisfait – ont en général dépassé le contentieux à force de pourparlers et d’échanges.

Et puis, puisque vous mentionnez à juste titre, les peuples, tribus ou Etats, rappelons que depuis la haute Antiquité, ces groupes, ou ces entités politiques, aiment à définir un territoire au sein duquel une juridiction, des coutumes, une ou plusieurs langues prévaudront, et où s’exercera un pouvoir politique plus ou moins bien défini, et plus ou moins choisi. C’est ce qu’on appelle la souveraineté. Et cette souveraineté étatique, elle est admise depuis des siècles même si la nature et l’aspect de la frontière a considérablement changé avec l’avènement des Etats-nation. L’ONU, en particulier, reconnaît en priorité des Etats dotés de frontières nationales, et admet explicitement la légitime défense en cas de violation de ces frontières.

Avec les grands ensembles économiques émergés dans les années 1980-90, on avait pourtant l’impression que la frontière laissait place à autre chose.

Impression en trompe l’œil, car depuis la chute de l’URSS il y a bientôt vingt ans, une véritable fringale de frontières a créé 27 000 kilomètres de nouvelles lignes de partage territorial entre Etats. Logique, puisqu’une vingtaine d’Etats se sont créés dans la foulée. Deux chiffres : 53 Etats indépendants en 1945, 193 aujourd’hui. Sans compter la quinzaine d’Etats autoproclamés ayant toutes les chances d’être un jour reconnus. Et gageons que cette soif de limites officielles marquées au sol, dans les airs et éventuellement dans la mer ne s’éteindra pas de sitôt dans la Corne de l’Afrique, le Caucase, et même – peut-être – en Europe occidentale.

Cette évolution vers le tout Etat-nation ne fait pas au détriment ce cet « autre chose » que vous mentionniez à l’instant, ces groupements économiques, commerciaux voire politiques que sont l’UE, l’Alena, ou encore le groupe de Shanghaï.

Reste que toutes les frontières ne sont pas étatiques. On peut étendre le concept à des clivages sociaux, culturels, ethniques ou linguistiques inscrits dans l’espace. Parfois, une simple rue, un bâtiment, un panneau indique cette césure ou ce fossé. Enfin au sein même d’une population vivant dans le même espace rural ou urbain, de profondes barrières psychologiques peuvent exister et mener au conflit, mais cela c’est déjà une autre histoire.

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