Reparlons du dossier nucléaire iranien. Ce matin, nous évoquons cette question qui revient comme un serpent de mer, depuis une dizaine d’années.

On en reparle un peu ces derniers temps car la santé des ingénieurs nucléaires iraniens est décidément bien fragile.

Voici un dossier en effet considéré comme brûlant non seulement par les grandes puissances mais aussi par tous les Etats du Proche-et Moyen-Orient ; un dossier toutefois largement éclipsé par le printemps arabe.

Rappel des faits. En 2002, l’AIEA – Agence internationale pour l’énergie atomique, institution intégrée à l’ONU – publiait un premier rapport qui mettait en cause la progression rapide du processus d’enrichissement d’uranium par l’Iran. Le problème n’était pas que la République islamique cherchât à produire de l’énergie grâce au nucléaire. En vertu du traité de non prolifération nucléaire, le TNP, signé en 1968 par la quasi-totalité des Etats – dont l’Iran –, chacun d’entre eux peut obtenir le droit de produire de l’énergie nucléaire à usage civil, et même des aides techniques pour cela.

Le problème, c’est que les techniques utilisées d’une part, l’opacité du processus d’autre part, ont fait craindre la recherche des capacités nucléaires de type militaire. Et là, on basculait dans tout autre chose. Car le TNP est très clair sur la question : le nucléaire civil, oui ; l’acquisition de la bombe, non.

Or depuis 2002, les rapports alarmants se succèdent, Téhéran refusant de coopérer avec les experts de l’AIEA.

Dans cette affaire, l’Iran n’a-t-il pas des arguments à faire valoir ?

Bien sûr, à commencer par le fait que quelques Etats ont produit la bombe après 1968. C’est le cas du Pakistan et de l’Inde – officiellement détenteurs de l’arme absolue dès leurs essais respectifs de 1998 –, ainsi que d’Israël – même si là rien n’est officiel, l’Etat juif ne souhaitant pas communiquer sur ce dossier. Enfin la Corée du nord semble avoir fabriqué au moins un engin.

Cela dit, l’argument iranien ne tient qu’à moitié. D’abord parce que ces Etats n’avaient pas ratifié le TNP, sauf la Corée qui s’en ai finalement retiré en 2003. Ensuite, pendant des décennies, l’Iran a profité de l’aide technique de l’AIEA pour développer sa filière nucléaire civile. On ne peut pas revendiquer le beurre et l’argent du beurre.

Autre argument iranien : rien dans les textes internationaux n’impose à un régime politique d’être démocratique pour posséder ce dont il dit avoir besoin pour sa sécurité. Et c’est juste. Problème : les voisins plus ou moins proches de la République islamique ne l’entendent pas ainsi ! Parce qu’Arabes et sunnites, l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Koweït ou encore les Emirats arabes unis rejettent l’éventuelle bombe perse et chiite ; parce que menacée par les discours fanatiques du dictateur Ahmadinedjad, Israël la rejette tout autant ; parce que voisin ou fournisseur, le Pakistan et la Russie n’en veulent pas davantage.

On a bien compris les arguments. Dans les faits, à présent, où en est-on concrètement ?

En dépit des propositions russe et européenne, Téhéran s’obstine, et refuse toujours à l’AIEA les contrôles nécessaires. Du coup, depuis aout 2006, les sanctions se succèdent. Le groupe des Cinq – c'est-à-dire les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ainsi que l’Allemagne, ont déjà fait adopter par l’ONU quatre trains de sanctions d’ordre commercial, financier et technologique. En l’absence de réaction de Téhéran, on risque d’aller à l’affrontement militaire. D’abord parce que les grandes puissances ont intérêt à ne pas laisser violer le TNP pour la première fois, de crainte que s’ouvre la boîte de Pandore. Ensuite parce que les Etats-Unis n’abandonneront pas leurs alliés pétroliers du Golfe, l’Arabie saoudite en tête. Sinon, quelle crédibilité auraient-ils encore vis-à-vis de leurs alliés à travers le monde, et notamment par rapport au Japon situé face à trois puissances nucléaires – Russie, Chine, Corée du Nord – dont deux qualifiées d’hostiles ?

Pourvu qu’à Téhéran le choix de la coopération finisse par l’emporter. Sans quoi la guerre sourde entre services secrets laissera sans doute place à un véritable conflit armé.

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