Anthony Bellanger

Le barrage de Mossoul, en Irak, aurait été repris aux islamistes par les combattants kurdes. Est-ce le début de la fin pour l’Etat islamique ? Je pense que OUI, et je vais essayer pas à pas de vous expliquer pourquoi. D’abord, reprenons le fils de ces deux derniers mois : l’offensive de l’Etat islamique en Irak et au levant a été foudroyante et a inquiété le monde entier.En quelques semaines, ce groupe islamiste qu’on a d’abord vu apparaître sur le terrain en Syrie s’est déployé en Irak et a conquis un vaste territoire au nord et au centre du pays. Grosso modo, le territoire compris entre Tigre et Euphrate.Avec quelques milliers d’hommes, essentiellement financés par l’Arabie Saoudite et quelques pays du Golfe, l’EIIL a fini par faire tomber le seconde ville du pays, Mossoul, et par mettre en déroute une armée irakienne beaucoup plus nombreuse.Depuis ces quelques victoires spectaculaires, le groupe djihadiste s’est même permis d’attaquer les Kurdes et leurs troupes d’élite, les Peshmergas, sur leur terrain, à savoir le Kurdistan irakien. Bref, rien ne semble devoir leur résister.Jusqu’à il y a quelques jours donc… En fait, si l’on regarde de plus près, l’Etat islamique ne manque pas de faiblesses. D’abord, en conquérant ces territoires si rapidement, les djihadistes ont beaucoup étiré leurs lignes. Une dispersion qui n’est tenable qu’à une seule condition :A condition que les clans sunnites qui le soutenaient ne retournent pas casaque. C’est arrivé une fois, en 2006, lorsque une coalition sunnite rassemblée sous le nom des « fils de l’Irak » a pris les armes contre Al Qaida.Il semble bien que cela soit en train de se reproduire en ce moment même : 25 tribus sunnites irakiennes d’Irak, parmi les plus importantes, ont décidé de prendre les armes contre l’EIIL. Autrement dit, leurs alliés commencent à les trahir.Et il y a aussi la mobilisation kurde… Aidés par les frappes américaines, soutenus par la France et la Grande-Bretagne, les Kurdes irakiens sont, eux aussi, sortis de leur sidération. Ils ont commencé à reconquérir le terrain perdu à leur frontière. Mieux encore !Des Kurdes syriens ont traversé la frontière pour venir à leur secours. Même des combattants kurdes venus de Turquie sont venus prêter main forte. En clair, l’EIIL est en train de réaliser contre lui une improbable unité transfrontalière kurde !Même à Baghdad, les choses sont en train d’évoluer rapidement. Une des raisons du blocage actuel et de la colère des Sunnites s’appelait Nouri Al-Maliki, le Premier ministre irakien. Il refusait tout dialogue et tout partage du pouvoir.Son remplacement, il y a quelques jours, par un chiite plus urbain et plus ouvert au dialogue et au compromis, Haider Al-Abadi, a changé le climat. Les sunnites sont presque revenus à la table des négociations pour composer le futur gouvernement.Il faut tout de même rester prudent, l’Etat islamique n’est pas encore vaincu… Effectivement, et ça prendra du temps. Mais toutes les conditions sont réunies. Les Occidentaux ont une stratégie, les Sunnites « modérés » reviennent dans le jeu politique, l’Iran a adoubé le nouveau Premier ministre et les Kurdes sont mobilisés.En fait, L’EIIL ne peut vaincre que par défaut. Aujourd’hui le vide commence à être comblé et les djihadistes sont en train d’être ramenés à leur juste proportion : à savoir quelques milliers d’hommes sans alliances et sans arrière.

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