Nelson mandela, père de la nation "Arc-en-ciel"
Nelson mandela, père de la nation "Arc-en-ciel" © Reuters

Aujourd’hui Frédéric, vous avez choisi d’évoquer Nelson Mandela à l’occasion de son 95è anniversaire…

Oui, alors vous me direz « ce n’est pas très original » ; l’événement a été fêté en Afrique du sud et un peu partout dans le monde hier, et cela d’autant plus que le vieil homme est alité et souffrant depuis plusieurs semaines.

Mais il est des personnalités dont on ne se lasse pas de rappeler les hauts faits et en l’occurrence, la grandeur de Nelson Mandela est double. Il y a d’abord ce qu’on connaît bien ; après 27 années de geôle, de déni et d’humiliation, il négocie la fin de l’Apartheid avec le président Frederik de Klerk sans haine ni arbitraire, mais sur la base d’une vraie égalité citoyenne et avec pour outil de pacification la fameuse politique de « vérité et réconciliation ». Une politique qui, depuis, a fait florès.

Ca, c’est pour la transition réussie, à partir de sa libération en 1990. Mais une fois élu quatre ans plus tard, et disposant alors non seulement de la légitimité des urnes mais de tous les leviers de pouvoir, Mandela aurait parfaitement pu donner libre cours à une forme de revanchisme anti-blanc comme le souhaitaient ouvertement certains leaders extrémistes de son parti, l’ANC, le Congrès national africain. Peut-être le pays aurait-il plongé dans le chaos – comme bien des observateurs extérieurs le craignaient à l’époque – avec un exode massif des Blancs, l’effondrement de l’économie, voire une guerre civile avec à la clef une partition du pays. Il n’en a rien été, et c’est parce qu’il a tout fait pour éviter ce scénario catastrophe que Mandela mérite un immense respect.

Et donc la seconde raison pour laquelle Mandela fut grand, selon vous ?...

La seconde raison, plus géopolitique, est moins connue. Une fois devenu président élu de l’Etat sud-africain, il a mené une politique d’apaisement sur au moins deux volets : d’abord avec les Etats proches, en cherchant la coopération là où Pretoria avait joué jusqu’alors rivalité et impérialisme, notamment en Namibie et en Angola, ensuite et surtout en mettant fin au processus de nucléarisation militaire, qui avait été enclenché par l’Afrique du sud dans les années 1960-70. Or bien peu de chefs d’Etats renoncent d’eux-mêmes et sans intenses pressions extérieures à un processus de ce type, surtout lorsqu’il est déjà bien avancé et prometteur. Petite parenthèse : plus rares encore sont les chefs d’Etat qui se retirent volontairement du pouvoir quand ils sont tout à fait sûr de pouvoir le conserver démocratiquement ; or c’est ce qu’a fait Mandela en démissionnant après cinq années de mandat présidentiel.

Mandela est presque centenaire, on le sait très malade, lorsque ce monstre sacré disparaîtra, c’est tout un pan de l’histoire sud-africaine qui s’en ira…

Oui, sans conteste. Mais fort heureusement les peuples survivent à leurs héros respectifs. Ce qu’on doit souhaiter à l’Afrique du sud et, au-delà, à toute l’Afrique australe, c’est que les successeurs de Mandela s’inspirent du maître. Or jusqu’à présent, le moins qu’on puisse dire est que les deux présidents en poste ne brillèrent pas par leur génie. Le dogmatique Thabo M’Beki, successeur direct de Mandela en 1999, népotique et corrompu, déploya plus souvent qu’à son tour à la fois un verbe et une politique irresponsables, notamment dans la lutte contre le fléau national qu’est le Sida. Plus sensé, l’actuel président Jacob Zuma serait pour sa part bien inspiré d’entreprendre de vraies réformes économiques et sociales, avant que le pays ne connaisse de violentes secousses revendicatrices qu’on voit se déchaîner sur le continent et ailleurs. Avoir libéré la majorité noire de l’Apartheid fut un incommensurable progrès, la libérer de conditions d’emploi, de scolarité, de logement et de santé souvent désastreuses ne serait pas négligeable non plus…

En attendant, souhaitons à Mandela que l’on puisse lui consacrer une chronique internationale sur France Inter pour son 100è anniversaire !

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