L’ensemble du monde arabo-musulman est aujourd’hui traversé par deux ondes de choc, en Syrie et en Egypte. Mais au Moyen Orient, l’Iran connaît en ce moment des évolutions qui pourraient avoir des conséquences importantes en dehors de ses frontières.

Le Président élu, Hassan Rohani a pris ses fonctions et la semaine dernière, le Parlement iranien a confirmé la composition du nouveau gouvernement.

Sur 18 ministres pressentis, seulement 3 ont été écartés.

La raison : leur proximité marquée avec le milieu réformateur.

Il faut dire que le Parlement iranien (le Majlis), n’est pas composé que de modérés, loin de là, les conservateurs sont nombreux et font jouer les intérêts du Guide Suprême.

Il demeure la véritable clé de voûte des institutions iraniennes. Car en Iran, l’exécutif a deux têtes ; le Président est chargé d’appliquer la constitution mais le Guide reste le chef des armées et supervise toute la politique générale.

En plus, comme la République est islamique, il est le chef du clergé chiite : l’ayatollah suprême. Sous ses ordres, un réseau de 200 000 mollahs assure le respect des règles religieuses et appuient sa politique, moyennant certains avantages.

On comprend mieux pourquoi sans son approbation, Hassan Rohani n’aurait jamais été élu.

Cela dit, le Guide est conservateur et Rohani modéré. Pourquoi avoir soutenu son élection ?

Pour des raisons essentiellement liées à la politique du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad. Il a lassé les Iraniens et le Guide Suprême lui-même, par ses outrances à répétition.

Il a pâti des dissensions internes du parti conservateur qui l’a rendu responsable des sanctions internationales liées au dossier nucléaire.

Celles qui font qu’aujourd’hui, le pétrole iranien est boudé par une grande partie des puissances occidentales. Et que la plupart des industries, sont en train de péricliter, comme toute l’économie d’ailleurs.

Mais attention, pas de confusion : si le peuple a voté dès le 1er tour à la majorité absolue pour Rohani, c’est avant tout pour sanctionner le conservatisme du pouvoir mais certainement pas pour ses positions de politique étrangère.

Sur ce point, d’ailleurs, le nouveau Président, bénéficie d’une bonne image auprès des Occidentaux ; formé en Angleterre, il a surtout joué il y a 10 ans, le rôle de négociateur sur le dossier nucléaire… au moment où les Iraniens disaient clore le programme nucléaire militaire.

Mais alors que penser d’Hassan Rohani, est-il vraiment en rupture avec la politique précédente ?

Et bien Rohani est aujourd’hui la caution modérée du régime. Ce qui ne signifie pas qu’il soit un réformateur, au sens propre du terme.

Sa grande force : un pragmatisme dépourvu d’idéologie, il est modéré mais toléré par les conservateurs. C’est l’homme du consensus que le Guide pourra manœuvrer à sa guise, ou en tous cas plus facilement que le précédent.

La rupture de styles est claire mais la continuité politique paraît évidente. Au niveau international, il sait parler le langage diplomatique des Occidentaux mais n’omettra pas les intérêts de son pays.

Le nouveau gouvernement affirme vouloir « régler la question » du nucléaire au plus vite et veut prouver sa bonne foi, en défendant le nucléaire « pacifique ». Les Occidentaux et Israël attendent de voir…

En revanche, sur la question syrienne, aucun changement de ton, Hassan Rohani veut encore renforcer les relations de l’Iran avec le régime chiite syrien, il regrette l’ingérence étrangère, la messe est donc dite.

Aussi, comme son prédécesseur, il compte se rapprocher des régimes sunnites de la région, il a besoin d’alliés avec lesquels commercer, et d’ailleurs, la Turquie est déjà de la partie.

Et pour la politique nationale, des changements… ?

Ce serait sur le plan interne que des changements pourraient avoir lieu, oui.

Notamment, sur le sujet épineux des femmes iraniennes, Rohani est le seul à l’avoir placé dans son programme électoral, il vient de nommer une femme, certes conservatrice et entièrement voilée, à un très haut poste de l’administration. Une lueur d'espoir pourrait donc voir le jour.

Mais comme pour le reste, gardons bien à l'esprit que si des idées de changement éclairent l’horizon iranien, l’ombre du guide n’est jamais très loin…

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