Ils sont 2 000 réfugiés iraniens à croupir dans un camp insalubre posé à même le sable, sans eau, sans ombre ni électricité. Ce sont des civils non armés – avec une majorité de femmes et d’enfants – ils ne constituent donc aucune menace sécuritaire et moins encore militaire. On leur avait promis, en quittant leur camp précédent, que celui-ci serait meilleur, il est bien pire. « Ils », ce sont les Moudjaïdin du peuple iranien ou plutôt leurs familles, réfugiés à Ashraf, en Irak, après l’avènement en Iran de la République islamique dont ils sont de farouches ennemis. Les autorités irakiennes les ont transférées d’Ashraf à Liberty Camp, infâme mouroir où ils ont déjà subi deux massacres en deux ans de la part de la soldatesque irakienne, avec au bilan une cinquantaine de tués. De hautes personnalités morales tels que Raymond Aubrac en son temps, ou encore Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, ainsi que des centaines de parlementaires de plusieurs dizaines d’Etats à travers le monde en passant par le Conseil de l’Europe et le Congrès américain, tout le monde s’émeut du sort de ces réfugiés de longue date contraints de quitter Ashraf pour Liberty Camp, mais rien ne bouge.

Alors précisément, Frédéric, comment expliquer ce blocage ? Qu’est-ce qui empêche soit l’obtention de meilleures conditions d’existence, soit l’autorisation de quitter le territoire irakien où ils sont manifestement indésirables ?

Si je vous réponds que c’est à cause de la méchanceté des hommes, vous allez sourire ... et vous aurez raison. Foin d’angélisme : hélas ces personnes représentent le symbole, le paradigme même, des froids intérêts géopolitiques entre Etats. Petit rappel. L’Organisation des Moudjaïdin du peuple iranien, principale composante du Conseil national de la résistance iranienne et donc farouche ennemi de la République islamique d’Iran, lutte contre ce régime depuis son avènement en 1979. Pendant la terrible guerre Iran–Irak de 1980-1988, il se trouve donc du côté irakien. Au terme de la guerre, Khomeiny étant toujours en place à Téhéran, les Moudjaïdin conservent leur refuge irakien, notamment dans le camp d’Ashraf, protégés par Saddam Hussein qui s’est allègrement servi d’eux. Seulement le vent tourne ; en 1997 s’instaure un dialogue entre Washington et Téhéran, plus question donc de protéger les perdants de l’Histoire, et le Département d’Etat les place même sur la liste noire des organisations terroristes. Six ans plus tard Saddam Hussein chute face aux Américains qui désarment les combattants d’Ashraf, avant de… « confier » ces milliers de civils aux nouvelles autorités, chiites et plus ou moins pro-iraniennes. On connaît la suite.Le maigre espoir de cette population déracinée – boule de billard dans un jeu qui la dépasse – viendra peut-être – faux paradoxe – de Washington. Avec l’aggravation de la crise syrienne et le face à face Etats-Unis – Iran, on peut imaginer que les Américains utiliseront Ashraf et Liberty Camp comme outil de communication contre leurs adversaires du moment. Peut-être. A moins bien entendu que le rêve de ces réfugiés se réalise et que chute la République islamique d’Iran, comme cela faillit bien se produire il y a peu, lors d’un sanglant « printemps iranien ». Mais cela, Bruno, c’est une autre histoire…

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