Aujourd’hui, vous évoquez un nouvel objet géopolitique assez bien identifié, qui est en train de révolutionner l’art de la guerre et plus encore… Les drones

Depuis dix ans, les drones sont à l’honneur. Enfants de la robotique et de l’automatique, ces oiseaux métalliques sont des systèmes d’aviation sans pilote.

Mais attention, leur image positive se dégrade depuis quelques mois, ils subissent la rançon médiatique de leur gloire technologique.

Depuis le voyage de Ban Ki Moon au Pakistan la semaine dernière, les choses évoluent : le secrétaire général de l’ONU a rappelé que le rôle premier d’un drone est de récolter des informations et non de frapper des cibles humaines.

Le Pakistan, comme le Yémen, font l’objet d’attaques de drones américains armés, chargés de supprimer les terroristes islamistes.

Depuis 10 ans, plus de 2000 cibles auraient été atteintes au Pakistan.

Mais pour l'ONU, la caméra volante devrait primer sur la force de frappe.

Alors les deux plus grands producteurs de drones au monde : les Etats Unis et Israël, ont été rappelés à l’ordre, il est question d’encadrer légalement ces systèmes d’aviation qui n’obéissent à aucune règle du droit de la guerre.

Mais pourquoi n’a-t-on pas légiféré avant, quand les premiers drones ont été utilisés ?

Car, au XXe siècle, les premiers n'étaient pas des drones de combat.

Ce sont les Etats Unis et surtout Israël qui ont développé cette nouvelle force de sécurité, au moment de la guerre froide.

Outils des services secrets israélien et américain, ils n’ont pas été connus du grand public. Ils n’avaient au départ qu’une fonction de surveillance. D’ailleurs les seuls drones que la France possède aujourd’hui, sont sur ce calibre.

Achetés aux Israéliens, ils sillonnent le ciel du Mali, de la Libye et de l’Afghanistan, pour prendre des photos et identifier des ennemis.

C'est seulement depuis les années 90, que les drones ont été utilisés dans les combats, très progressivement, sans qu'on s'en aperçoive.

Petit à petit, les avantages de cette nouvelle technologie ont séduit le monde entier. Ils coûtent moins cher que des avions de chasse, évitent la formation de pilotes ; et plus précis, ils sont aussi plus simples à produire et beaucoup moins coûteux en vies humaines.

Aujourd’hui, 75 pays s’en sont déjà dotés et le double voudrait en acquérir.

Et justement sont-ils devenus le baromètre de la puissance d’un Etat ?

Oui on peut dire que les drones sont devenus « un signe extérieur de puissance ».

Les Américains et les Israéliens en dominent la production et l’utilisation, et leurs armées sont des leaders mondiaux.

Les pays émergents aussi investissent dans cette technologie ; la Chine, troisième armée mondiale, possède déjà plus de 25 modèles de drones et fait la publicité de ces oiseaux sans pilote, avec des simulations de tirs sur des porte-avions américains. L’image est assez parlante.

Le constat est sans retour : sans drone, moins de puissance. Et l’Union Européenne est très en retard à ce sujet. Mais qu’à cela ne tienne, un projet européen de production de drones devrait remplacer une partie des avions de combat à partir de 2030.

Alors s'ils sont si prisés, pourquoi des voix s'élèvent à l'encontre des drones aujourd'hui ?

Parce que la guerre propre est une illusion.

Pour utiliser un drone il faut choisir une cible et activer un tir automatique. Pour l’instant ce sont des soldats isolés qui tirent et l’impact arrive à des milliers de km de leur base.

L’identification des cibles n’est pas toujours parfaite et les dommages collatéraux sont parfois importants : des civils meurent en nombre.

C’est dans ce sens que les Pakistanais crient à l’arrêt des drones de combat. L’ONU leur donne raison. Comme toute arme, ils devraient être soumis au droit international et leurs victimes protégées par le droit humanitaire.

En plus, l’effet produit est souvent inverse au but des assaillants, l’anti-américanisme progresse. Et puis, la mode du drone fait craindre que les nébuleuses terroristes ou privées puissent avoir accès à cette arme. Démocratisée, elle perdrait une partie de sa force.

En revanche, son utilisation dans le domaine civil ne peut que se développer. Mieux, il pourrait améliorer nos vies. Partout dans le monde, des tests sont à l’essai : grâce aux drones civils ; on pourrait éteindre des feux, surveiller des champs agricoles et éradiquer des moustiques.

Bonne nouvelle : ces avancées arriveront probablement plus vite que la législation internationale, déjà en retard de 20 ans.

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.