Anthony Bellanger

En une semaine, l’élection présidentielle brésilienne qui s’annonçait très ennuyeuse est devenue passionnante Et ce grâce à une femme, Marina Silva, et à cause d’un épouvantable drame : la mort dans un accident d’avion, le 13 août dernier, d’Eduardo Campos, candidat socialiste à l’élection présidentielle du 5 octobre prochain.Avant cet accident, c’est vrai que les commentateurs brésiliens avaient du mal à mettre du suspense, de la passion dans cette élection. Il faut dire que deux principaux candidats ne les aidaient pas beaucoup.La présidente Dilma Rousseff est certes une femme compétente et connue pour sa probité mais elle a dû prendre des cours intensifs de communication pour travailler son « empathie » avec le public. En clair, elle sait gérer mais pas sourire.Même peine pour le social-démocrate Neves. Un politicien madré, bien élu, mais issu d’une dynastie politique presque aussi ancienne que le Brésil : il est le petit-fils de Tancredo Neves, le premier président de la démocratie retrouvée en 1985.Le 3ème candidat, Eduardo Campos, n’était même pas parvenu à déranger le match entre ces deux là. Il a fallu qu’il décède dans cet accident d’avion pour retourner le match. Sa mort a créé un électrochoc et propulsé Marina Silva en tête.Comment ça en tête ? Eh bien aussi incroyable de cela puisse paraître : alors que Eduardo Campos se traînait à 8% dans les sondages, Marina Silva fait déjà jeu égal avec le sénateur Neves, autour de 21%, et dans un hypothétique second tour, avec Dilma Rousseff.On se croirait presque dans une de ces telenovelas dont les Brésiliens raffolent. Je le dis à moitié en plaisantant. Ces feuilletons à l’eau de rose sont des institutions au Brésil : la vie s’arrêtent lorsque Rede Globo diffuse le dernier épisode.En ce moment, il n’y en a pas moins de 6 diffusée sur cette chaine populaire. La plus ancienne, Malhação, perdure depuis 1995 ! Or, il se trouve que la vie de Marina Silva ressemble à celle d’un personnage de telenovela.Enfance misérable, analphabète jusqu’à l’âge de 16 ans, un mentor charismatique - le syndicaliste assassiné Chico Mendes – une entrée triomphale dans la vie politique, une cause, l’écologie et même Dieu : elle est évangélique pratiquante.Il ne manquait plus à cette vie incroyable qu’un coup de théâtre et la mort accidentelle d’Eduardo Campos, à 45 jours de l’élection du 5 octobre, le lui a offert : elle est devenue la veuve politique d’un pays en deuil.C’est bien joli mais ca n’explique pas tout ! Non, c’est vrai. Même si le messianisme, l’identification populaire et la personnalisation sont des ingrédients indispensables au Brésil pour être élu, la présidente Dilma Rousseff a, elle aussi, sa légende personnelle.C’est une ancienne guérillera, capable de monter et démonter une kalachnikov en quelques minutes, emprisonnée et torturée par les sbires de la dictature militaire et surtout parrainée politiquement par le plus populaire des Brésiliens, Lula.Non, il a deux éléments qui – raisonnablement – expliquent l’incroyable popularité de Marina Silva : d’abord, les Brésiliens la connaissent. Elle a déjà été la surprise de la précédente élection en rassemblant 20M de voix sur son nom.Enfin, elle appartient à une communauté très soudée et en pleine ascension : les évangélistes. Ils feront campagne pour elle jour et nuit, la soutiendront sans discuter et surtout voteront pour elle en bloc. Et ça peut faire la différence.

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