Si le vice-premier-ministre syrien n’a pas déjà été jeté dans une sinistre geôle d’Assad, c’est qu’il se pourrait bien – en effet – que celui-ci connaisse bientôt son crépuscule en tant que dictateur ! Lorsqu’il sera réellement tombé – ce qui, pour l’heure, est encore loin d’être le cas – il sera toujours temps de dresser le bilan édifiant des douze années de dictature d’Assad fils, voire des 42 ans de despotisme des Assad père et fils à la tête de l’Etat syrien. Il sera alors passionnant de revoir à quel point nombre de nos intellectuels mais aussi de nos gouvernants furent complaisants, toutes ces années, avec le tyran de Damas. Une complaisance d’autant plus blâmable qu’il n’était guère besoin de la féroce répression de ces derniers mois pour savoir… Savoir que régnait la terreur, que les prisons étaient pleines de suppliciés, que le Liban subissait la férule syrienne, que les extrémistes du Hamas étaient favorisés contre l’Autorité palestinienne, que les promesses sociales n’étaient que chimères ; bref, que le tout jeune Bashar valait bien son père Hafez en cruauté et en cynisme sinon en finesse tactique, en dépit d’un diplôme d’ophtalmo et d’une épouse occidentale !

En attendant, Frédéric, on peut d’ores et déjà tirer quelques leçons diplomatiques de la crise en train de se dénouer…

En effet. Leçon n°1 : c’est à Moscou que ça se passe. Fini le syndrome libyen et le sort d’un régime Kadhafi réglé par les bombardiers occidentaux ! C’est Vladimir poutine qui mènera les pourparlers et décidera des conditions du départ éventuel de son allié, voire même pour partie de la composition du futur gouvernement transitoire. Leçon n°2 : quoi qu’il arrive, la France se sera réellement impliquée (comme on l’a vu Bruno lors d’une chronique précédente), en tout cas dans la mesure du possible, c'est-à-dire sans feu vert du Conseil de sécurité pour intervenir militairement. Par-delà leurs divergences, deux présidents et deux gouvernements fort différents auront mené successivement la même ligne d’engagement et de fermeté. C’est incontestablement un bon point pour Paris en termes de crédibilité. Leçon n°3 : plusieurs Etats ou groupes politiques – parmi les plus « humanistes » – regretteront amèrement le régime Assad : l’Iran d’Ahmadinedjad et bien entendu son allié le Hezbollah libanais, puis le Hamas, le régime cubain des frères Castro, la dictature biélorusse ou encore le démiurge nord-coréen, enfin que du beau monde !Reste à savoir le plus important : qui reprendra les rennes du pouvoir en Syrie ? Et là, il faut se chatouiller pour continuer à sourire… Certes, un affreux tyran est en train de chuter, ce dont se réjouit vote bien dévoué serviteur, Bruno, lui qui n’a jamais cessé de le dénoncer depuis cette modeste tribune parue dans Libération, le 29 juin 2011, et intitulée « Assad à Paris, une faute morale, une erreur géopolitique ». Seulement voilà : rien n’indique que ses successeurs seront beaucoup plus amènes. Non seulement l’opposition se compose de factions violemment opposées entre elles, mais encore nombre d’islamistes radicaux y attendent leur revanche ; rassurés par le bilan post révolutionnaire en Tunisie, en l’Egypte et sans doute bientôt en Libye. Quant à l’unicité de la Syrie, elle pourrait être compromise par des groupes qui, comme les Kurdes au nord ou bien sûr les Alaouites à l’ouest, n’accepteront pas facilement une éventuelle domination sunnite, ce qu’on peut parfaitement comprendre... Autant de facteurs inquiétants laissant supposer un scénario à la libanaise, avec faiblesse chronique du pouvoir central, luttes intercommunautaires, appel d’air pour trafiquants et terroristes voire conflits aux frontières.Quant à Assad, s’il échappe à la justice internationale, on ne saura trop lui conseiller de reprendre son ancienne activité professionnelle ; à choisir, l’exercice de la médecine demeure plus sympathique que celui de la terreur…

-

-

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.