Aujourd’hui, les armes chimiques, enjeu international du conflit syrien. Le bilan, les circonstances de l'attaque révélée hier dans les faubourgs de Damas sont encore flous ce matin. Les soupçons d'une attaque à l'arme chimique de la part du régime sont forts. L'opposition parle d'un bilan effroyable de 1300 morts. Là encore pas de certitude, mais suffisamment d'indices et d'inquiétudes pour provoquer une réunion extraordinaire cette nuit du Conseil de Sécurité des Nations Unies...

Oui, les nouvelles attaques des quartiers Est de Damas ont mis le monde en émoi depuis hier.

On parle d’un millier de civils morts sous les coups de l’armée de Bachar El Assad. La Coalition nationale syrienne évoque l’un des plus grands massacres depuis le début du conflit et dénonce l’utilisation de l’arme chimique.

Anglais, Français et Américains ont entendu l’alerte. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies s'est empressé de condamner le massacre.

En parallèle, le secrétaire général de l’ONU avait déjà missionné depuis dimanche une équipe de scientifiques en Syrie, chargée d’enquêter sur l’utilisation du gaz sarin sur trois sites du territoire. Trois, sur les treize suspectés...

La Coalition, puis bien après, le régime, se sont accusés mutuellement d’avoir attaqué l’autre camp à l’arme chimique. Mais ces événements datent de mars dernier. Donc depuis hier, la situation remet cette enquête au cœur du conflit.

Les armes chimiques et leur utilisation deviennent donc l’enjeu international de la crise syrienne.

Et justement comment le régime réagit-il à face ces accusations et à cette hausse de ton ?

Comme à son habitude, plutôt sereinement.

A l’image de son allié russe, le régime syrien dénonce une provocation mensongère, une sorte de complot de l’opposition. Et puis prouver l’utilisation du gaz sarin obéit à un protocole spécifique.

Et ça Bachar ne l’ignore pas.

D’abord, il a mis cinq mois à accepter la tenue de la mission d’enquête de l’ONU.

Or, selon le droit international qu’il maîtrise parfaitement, sans son accord, aucune mission n’est possible. Cette attente, évidemment, se justifie : le temps passé entre l’utilisation d’une arme chimique et l’analyse des indices (valant comme preuve) est extrêmement important.

Puisqu’au bout d’un moment, les traces disparaissent ; sa ruse ne trompe personne, mais elle est efficace.

Ensuite, pour que l’équipe missionnée puisse se rendre sur les lieux des bombardements d’hier ; à nouveau, l’autorisation du dirigeant syrien est nécessaire. D’ailleurs, hier soir, le conseil de sécurité de l’ONU a appelé ce dernier à autoriser au plus vite, l’accès des lieux, à la mission d’enquête.

Enfin, même si les enquêteurs prouvent l’utilisation du gaz sarin, la mission ne peut que constater l’usage mais en aucun cas, désigner un responsable de cet usage. C’est tout le problème, dans cette situation.

D’accord mais alors comment pourrait-on prouver la responsabilité du régime ?

Et bien difficilement. Si la mission d'enquête trouve des traces de gaz sarin dans une zone contrôlée par le régime, celui-ci pourra répondre que seuls les rebelles en sont les responsables ; en général on n'attaque pas son propre camp à l'arme chimique.

C'est une stratégie que le régime comptait bien utiliser pour le site localisé à côté d'Alep. Le problème c'est que la Coalition a récupéré une partie du site entre temps.

On comprend donc bien que le travail de la mission n'est pas aisé. L'opacité demeure dans tous les cas.

Mais une question reste, d’après ce que vous dites, le droit international ne permettrait pas d'arrêter le régime syrien … ?

En fait, le droit international a un fondement juridique :

Le protocole de Genève, il date de l’entre-deux guerres et interdit toute utilisation d’arme chimique y compris aux Etats qui n’ont pas signé le texte.

Mais à côté de ce principe, on dispose d'un moyen d'action : la Convention, sur l’interdiction des armes chimiques. Plus récente et adaptée à nos guerres modernes, elle permet à l'ONU de l'utiliser pour organiser une mission d'enquête. C'est le cas en Syrie, et ce, même si le régime n'a jamais signé la convention.

Mais ce qui reste le problème majeur, c'est bien la position des Russes, qui maintiennent leur veto à propos de l'intervention internationale. Pour soutenir les ambitions politiques du régime, les Russes utilisent donc un levier juridique et international.

Donc pour l’instant, à propos des armes chimiques, le régime bénéficie de la présomption d’innocence. Mais les autres crimes de guerre sont là et la communauté internationale n’intervient pas. Le régime ne semble pas la prendre en compte. Ainsi, déployer l'arme chimique au moment même où l'ONU commence son enquête, serait encore une démonstration outrancière du mépris qu'il lui porte.

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