Face à la crise de la zone Euro, on vante beaucoup les BRICS. De quoi s’agit-il ?

Les BRICS, ce sont les initiales du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine, et de l’Afrique du sud. Ce concept crée au sein de la banque américaine Goldman Sachs en 2003, désigne des Etats émergeant tant et si bien qu’ils seraient en passe de surclasser la puissance américaine, ou même celle de l’Occident dans son ensemble. Il faut dire qu’à eux seuls, ces cinq pays représentent 30% des espaces mondiaux, 40% de la population de la planète, et une croissance moyenne qui frôle ou dépasse les deux chiffres. Des réalités qui donnent le vertige, et, pourtant, comme devant toute catégorisation un peu artificielle, on devrait rester prudent.

Car ces émergents n’émergent pas de manière identique, et surtout certains n’émergent pas du tout. Si la Chine, le Brésil et l’Inde présentent clairement toutes les caractéristiques de puissances économiques en plein essor, il n’en va pas de même pour la Russie. Celle-ci vend essentiellement des armes lourdes et des hydrocarbures, deux types de produits exportés depuis les années 1920 – on admettra que ce n’est pas nouveau – et qui rendent Moscou tributaire des aléas d’un marché soumis à de fortes fluctuations. En outre, la croissance n’y dépasse pas les 3%. Quant à l’Afrique du sud, ajoutée récemment armis les BRICS. Elle est l’unique etat réellement industrialisé de toute l’Afrique subsaharienne et n’émerge qu’au regard de la situation calamiteuse de son environnement.

Et puis, les BRICS ne s’entendent pas nécessairement entre eux. Certes plusieurs réunions au sommet ont déjà eu lieu, comme en Chine le 14 avril dernier, mais sans décision d’alliance politique, économique ou stratégique majeure. Normal pour des Etats dont les intérêts bien souvent divergent.

Space Invaders- Inde
Space Invaders- Inde © Radio France /

Pourtant, ces BRICS paraissent tout de même prendre une place essentielle dans l’économie mondiale.

C’est vrai, Pierre, mais en même temps cette progression économique et commerciale – notamment pour le Brésil et de la Chine – ne se traduit pas encore par une montée en puissance géopolitique déterminante. Prenons deux échecs essuyés en moins d’une année par tout ou partie de ce groupe d’Etats.

Premier échec. Nous sommes en juin 2010. Devant l’avancée du processus nucléaire iranien, le Brésil annonce qu’avec la Turquie, un accord a été passé pour surveiller l’uranium enrichi de l’Iran. Plus besoin donc des vielles puissances occidentales, on se débrouillera sans elles. Or quelques jours après, sous l’impulsion de Paris, Londres et Washington, le Conseil de sécurité – Chine et Russie comprises – votent bel et bien un train de sanctions contre Téhéran. L’émergent brésilien, presque seul à voter contre, est humilié.

Deuxième échec. Nous sommes en mars 2011. Devant l’imminence d’une sanglante répression de Muammar Kadhafi sur la rébellion à Benghazi, la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis - encore eux - déposent un projet de résolution permettant des frappes sur l’armée libyenne. Les cinq BRICS – présents pour l’occasion au Conseil de sécurité – s’abstiennent un peu piteusement. Ils étaient défavorables à cette intervention militaire en pays souverain, mais tout de même soucieux de ne pas apparaître comme complices de la répression. Du coup la résolution 1973 est votée, et les Occidentaux interviennent avec force.

Tout de même, Frédéric, il faudra bien faire une place plus importante à ces BRICS dans les institutions internationales ; c’est en tout cas ce qu’ils réclament.

Ils le réclament en effet, et même avec insistance. C’est logique puisque le rapport de force économique leur est de plus en plus favorable, du moins à certains d’entre eux. Cela dit, Pierre, là non plus la « révolution BRICS » n’a pas encore eu lieu. Prenons le cas emblématique de la direction du FMI, traditionnellement dévolue à un Européen. Qui a donc pris cette direction, soutenu par l’ensemble des Européens et de quelques émergeants, sinon la candidate européenne ? Face à Christine Lagarde, divers candidats des BRICS – et d’autres émergents du reste – se sont présentés en ordre dispersé, insuffisamment soutenus, ou jugés moins crédibles.

Décidément, en géopolitique, rien n’est jamais acquis par avance, et surtout pas au rythme qu’on attendait.

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