Ce matin, nous vous parlons à nouveau de la chute du régime imminente de Mouammar Kadhafi, avec des gagnants et des perdants.

Talleyrand disait, « si la victoire a beaucoup de parrains, la défaite est orpheline ».

Au terme de toute confrontation, on peut établir un bilan ne serait-ce que provisoire des vainqueurs et des vaincus.

D’un point de vue géopolitique, la grande gagnante de l’affaire libyenne, c’est la France. Fer de lance de la coalition politique aux Nations unies, partenaire essentiel de la coalition militaire sur le terrain, toute première puissance à avoir reconnu le CNT, Paris a remporté là un succès sans précédent depuis plusieurs décennies. Sa crédibilité vis-à-vis des alliés mais aussi des adversaires potentiels a été renforcée, même si certains équipements militaires ont manqué, question de budget. Bref ; le procès en gesticulation élyséenne est ici bien injuste, tout comme est injuste Barack Obama qui, hier soir dans son discours, a tout de même un peu « négligé » l’allié français. Certes, la part déterminante de la logistique aura été américaine, mais certainement pas l’impulsion politique du départ.

Reste que Paris et Londres – dont le tandem fonctionne fort bien – ainsi que Washington, peuvent à bon droit attendre un partenariat politique et économique intéressant avec les nouvelles autorités libyennes. Cela dit, prudence : on n’en connaît pas encore la composition ni même la nature exactes.

Nous vous parlons des puissances victorieuses, mais qui sont les perdants, dans l’affaire ?

Ce sont moins des Etats que des courants de pensée ou des individus. A commencer par les "réalistes" autoproclamés. Kadhafi détenait le pouvoir, telle était la réalité et il fallait s’y faire. Soit. Mais lorsque le peuple se soulève, ne se trouve-t-on pas devant une autre réalité ? Dès lors laquelle adopter ? Celle des chars ou celle des bras nus ? Ne doit-on jamais intervenir, même en cas d’appel à l’aide ? En géopolitique, le réalisme est une qualité à condition qu’il ne confine pas au cynisme.

Et puis, parmi les perdants, il y a bien entendu ces géopoliticiens de salon critiquant constamment Bernard-Henri Lévy ; on peut penser ce qu’on veut du philosophe, force est de lui reconnaître un rôle non négligeable dans la victoire des Libyens sur leur tyran. Une chose est de persifler, une autre est d’agir. Or, la longue tradition française humaniste des intellectuels engagés ne s’est pas démentie dans l’affaire libyenne (cf. l'appel lancé dans "Le Monde" en mars).

Mais si l’on souhaite vraiment chercher des perdants parmi les Etats cette fois, disons que les BRICS – ces émergents dont nous parlions ici-mêmes voilà quelques semaines – sont demeurés hors du temps ; celui des révoltes populaires arabes. Et ce n’est pas fini puisque Moscou poursuit sa défense mordicus du dictateur syrien Bashar el Assad, lequel doit aujourd’hui se sentir bien seul. Quant à la Ligue des Etats arabes, elle a une fois de plus démontré son incapacité chronique à peser dans une crise pourtant située au cœur de sa zone de compétence et de prédilection.

Enfin soyons honnêtes : l’OTAN n’a pas été aussi unie qu’à l’accoutumée, et, pour la plupart, ses membres se sont fait porter pâles lors des opérations, soit pour des motifs idéologiques – confère la Turquie – soit pour des raisons budgétaires, ainsi de l’Europe orientale.

Mais tout de même, ce Kadhafi (qui fut parfois notre partenaire), est-on tout à fait certain qu’un pouvoir démocratique le remplacera ?

Question parfaitement justifiée. On a parfois aimé son pétrole, ses achats d’armements lourds, ses contrôles de l’immigration aux frontières. Dorénavant, peut-être serons-nous un peu plus regardants sur le respect a minima des Droits de l'homme par nos clients ou fournisseurs autoritaires, plus attentifs au moins à l’exaspération de leurs peuples respectifs.

Quant à l’avenir, il n’est absolument pas écrit, comme jamais du reste après une révolution. Au jour d’aujourd’hui, seule demeure une certitude : d’authentiques démocraties ont aidé un peuple à se libérer de son cruel despote. Désormais, aux Libyens eux-mêmes de se choisir un destin.

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