Depuis hier, la situation en Syrie ne s’est pas arrangée et pour la France, la guerre civile reste au cœur de ses préoccupations, mais elle n’oublie pas non plus ses deux ressortissants, et nos deux confrères, enlevés en juin dernier. Les otages français dans le monde posent un vrai enjeu de politique étrangère, et cette politique semblerait évoluer en France depuis quelques mois...

C’est vrai, mais il paraît qu’il ne faut pas en parler. Alors justement parlons-en !

Hier, une cérémonie officielle a eu lieu en Dordogne pour rendre hommage à l’otage français, Philippe Verdon. Il a été tué au Mali, par AQMI, en mars dernier.

La France s’est donc recueillie.

Au-delà de la peine causée aux proches, un otage exécuté n’est jamais une bonne chose pour un Etat.

Si l’otage n’est pas forcément un représentant officiel de la France, son enlèvement reste une défiance adressée au pays, son exécution, un crime d’envergure internationale.

Le comité de soutien de Philippe Verdon a d’ailleurs adressé, pendant l’hommage, un message clair à l’Élysée : « nos otages détenus dans d’autres pays, ne doivent pas être oubliés ».

Alors justement quelle est la situation des autres otages français actuellement ?

En plus du partenaire de Philippe Verdon, encore détenu au Mali aujourd’hui, neuf otages français sont retenus dans le monde.

Dix en tout donc, dont sept en Afrique.

Les Français sont une des cibles favorites des ravisseurs africains.

Le passé colonial et l’antériorité des liens entre les gouvernants, les groupes d’investissement, et les sociétés de matières premières, sont ancrés depuis longtemps. Les fameux restes du « pré carré » français.

Oui mais à l'inverse, les Français peuvent trouver des avantages en Afrique aussi ...

C'est un avantage pour la connaissance du terrain et des réseaux, oui. Néanmoins, la France n'a pas colonisé toute l'Afrique. Elle est contrainte de faire appel à d'autres états ou même des sociétés privées spécialisées. C'est d'ailleurs le cas au Nigéria, où elle utilise le truchement de l'Angleterre.

Mais à chaque otage, sa situation…

On ne peut réduire les faiseurs d’otages à un groupe homogène ; leur pays d’origine, la nature de leur mouvement et leurs objectifs sont souvent très différents : une rançon financière n'engage pas les mêmes moyens qu'une libération d'otages politiques.

Et parfois même, l’objectif peut changer en cours de route : pour Philippe Verdon, on est passé d'un enlèvement qui a sanctionné la politique du Président Sarkozy au Sahel, en 2011, à la dénonciation de la mission Serval de François Hollande, en 2013.

Mais en parallèle, y a-t-il continuité entre la politique de Nicolas Sarkozy et François Hollande en matière d’otages ?

Et bien non justement, la doctrine française a changé.

En tous cas, la ligne officielle.

Le président Sarkozy a hésité entre négociation et manière forte pour traiter avec les ravisseurs ; il a bien tenté des interventions au coup par coup, mais le résultat n’a pas toujours été à la hauteur des moyens engagés. Certains assauts ont mal tourné.

Puis la crise malienne est arrivée, et la rupture a été annoncée.

Rupture car depuis 25 ans, la France refuse officiellement toute négociation avec les ravisseurs mais la réalité est très souvent à l'inverse.

Cela crée deux conséquences majeures : d’abord, le financement des groupes terroristes ravisseurs, AQMI serait subventionnée au moins au deux tiers par les rançons - Ensuite: la paralysie des actions françaises dans la zone où se trouvent les otages –, surtout en temps de guerre.

Face à cela, l’idée aujourd’hui, est de s’opposer à toute forme de transaction financière, plus aucun versement ne doit avoir lieu. Ni par l’État, ni par les multinationales, ni par personne.

En tous cas, même si dans les faits, l'opacité du sujet reste claire, ce changement de ligne indique une chose: l'ennemi premier de la France n'est plus un Etat, mais une nébuleuse terroriste, qu'elle se refuserait désormais de financer.

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